‹ AnastaseChapitre 267 sur 407 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Anasiuse est présente nu eiicf Je la famille puissante îles Ouj'lou. — Porlrai t d'Hadji-Boilad-Oglou. — 11 accueille Anastase avec bieoveillance. — Itetour (l'Ânastase à Constdnitnuple. — 11 veut rntrer au service militaire russe pour plaire à la czariiie Callierinc. — Il devient amoureux d'une veuve. — II rencontre en allant à Brousse un caloyer renouvelant sa provision de reliques.

Si j*eusse continué à brûler de la même ardeur pour le commerce, Srayrne était Tendroit où j'aurais trouvé le plus de facilité |)our m'y livrer. Acheter, vendre et troquer, voilà sur qnoi roulent toutes les idées dans cette cité. Le cours du change et des marchandises est le seul sujet de toutes les conversations. Les figues, les raisins, les draps, les cotons sont l'objet unique des méditations. On semble y croire que l'homme n'a été créé que pour acheter et pour vendre , et que quiconque ne fait pas de celte occupation la seule affaire de sa vie néglige le but de son existence. Je crois véritablement qu'on ne s'y marie que pour perpétuer la race des commerçants.

Mais il y avait déjà deux mois que je m'étais lancé dans cette carrière , ce qui suffisait bien pour en diminuer les charmes h mes yeux et refroidir mon enthousiasme, surtout si l'on considère que , dans le cours de ces deux mois, une seule spéculation heureuse m'avait valu une fortune indépendante. Je sentis donc mon ardeur se ralentir. Les Smyrniotcs s'en aperçurent ; ils me regardèrent avrc mépris ; je leur rendis ce sentiment avec usure, et je résolus de retourner à Stamboul, dans le dessein d'employer une partie de mon argent pour m*élever an rang de pacha. Ce plan n'était pas tout à fait d'accord avec la renonciation solennelle que j'avais faite récemment à tous projets ambitieux ; la prudence aurait dû m'en détourner après la fin tragique de Mavi-oyeni , dont je venais d'être témoin ; maïs quand ai-je mis de la suite dans mes projets? quand ai-je fermé l'oreille h l'ambition ? quand ai-je écouté la voix de la prudence ?

Ma dernière opération mercantile à Smyrne avait été d'acheter d'fsaac-bey une paire de pistolets de la plus grande beauté, que je destinais à Ïladgi-Bollad-Oglou, chef de la maison puissaute de Kara-Osman, dont Tauloi ilé s'élçuàavl s»y uwç \«ç>a^\\

considérable de rAnalolic. Depuis long- temps j*avaîs formé le projet d'aller voir ce vénérable vieillard qui , malgré son pouvoir bien réel , n'avait d'autre litre que celui d'aga. C'est ce qui me détermina, lorsque je partis pour la ca|Htale, à diriger ma route par Magnésie, où il faisait sa résidence.

Après lui avoir élé présenté : « Acceptez ces armes , » lui dis-je, 0 comme l'hommage d'un voyageur reconnaissant à qui elles ont été inutiles dans vos vastes domaines , grâce au bon ordre que vous savez y faire régner. »>

Hadgi-Bollad reçut mon offrande, non pas avec rindifférencc méprisante d'un parvenu de Constantinople qui craint que le moindre signe d'admiration ne soit regardé comme une preuve de son infériorité, mais avec la dignité polie d'un homme dont les ancêtres avaient tenu dans cette province , depuis plusieurs générations, le rang distingué qu'il y occupait lui-même. Ilftt l'éloge de la beauté des pistolets, et parut désirer de faire surle-champ l'épreuve de leur bonté: « L'âge,» me dit-il, «a commencé à diminuer mes forces ; mais ces arnies me soot m familières que ma main , exercée par une longue habitude , semble les diriger sans le secours de ma volonté. »

A ces mots, et sans changer de place, il ajusta par la fenêtre une pie qui était perchée, dans la cour, sur le haut d'un cyprès. On avait donné à cet oiseau le nom de Tchapan- Ogiou , autre chef d'Anatolie, rival de la maison de Kara-Osman par sa richesse, sa puissance et l'étendue de ses domaines : » Tombe» Tchapan -Oglou, » s'écria-t-il en faisant feu; et l'oiseau tomba au pied de l'arbre.

« Je ne sais, » dit-il d'un air satisfait de cet exploit, « si vous trouverez ce présent bien placé, mais je suis sûr que celui que je vous destine ne peut l'être mieux, d C'était un superbe cheval richement harnaché, qu'il me pria d'accepter en souvenir du patriarche de Magnésie. '

Impatient de lui prouver à mon tour que j'étais digne de ce présent, je sautai en selle, j'arrachai une javeline des mains d un homme de sa suite, et, prenant le galop, je la lançai avec force, et perçai le tronc de l'arbre du haut duquel la pie venait de totnber.

«Fort bien , » s'écvva Vîi^a, « ie vois que nous avons tous

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