‹ AnastaseChapitre 268 sur 407 · CHAPITRE TRENÏK-TROISÎKME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENÏK-TROISÎKME

deux marché dans la même carrière ; mais vous ne faites qu*y cnirer, et je suis sur le point d'en sortir. Vous pouvez l'annoncer à Stamboul. Cependant , de peur que cette nouvelle ne cause une joie trop vive , dites aussi que le vieux tronc laisse après lui quelques rejetons.... quelques rejetons qui vous res^ semblent !»

J'avais dessein de me remettre en route le même soir; mais Taga, sans me presser de rester, semblait regarder comme impossible que je songeasse à le quitter sitôt , et je n'eus pas la force de lui faire mes adieux. Voyant que j'admirais Tordre et l'activité qui régnaient dans sa capitale, que mes yeux se Oxaient avec surprise sur les longues caravanes de chameaux. qui se succédaient sans fm, sur les quantités de balles de coton et d'autres marchandises qui arrivaient ou qui partaient, et sur les troupes nombreuses de guides allant et venant de toutes parts : tt Vous ne voyez que notre établissement de paix, » me dit-il ; « mais, en temps de guerre, c'est bien autre chose. Nous pouvons , en vingt-quatre heures, mettre sur pied vingt mille cavaliers bien montés, bien armés, pour la défense de l'empire ou pour la nôtre. »

0 Et avec tant de richesse et de puissance , » m'écriai -je , « vous avez pu éviter les dangereux honneurs du sultan ? »

«Ce n'est pas sans peine, » me répondit-il : « Il nous en a plus coûté pour nous y soustraire qu'à bien d'autres pour les obtenir. Mais nous sommes entrés dans le monde avec le simple titre d'aga , et , Dieu aidant , nous en sortirons sans en avoir porté d'autre. Irons-nous échanger notre indépendance et le droit de transmettre à nos descendants les domaines que nous tenons de nos ancêtres, contre le vain litre de vizir, qui entraînerait à sa suite une servitude certaine, et. probablement la cou- Cscaliou de nos biens ^ ? »

En ce moment , un officier vint lui annoncer qu'une troupe d'Albanais, fuyant l'oppression d'un pacha, imploraient sa protection , et le suppliaient de leur donner de l'emploi, ou de leur accorder quelques terres inculte.

I, Ceux qui acceptent du siilt-ui tles places ou «.les litres sont censés se •oiimcitrc à devenir ses esclaves, et lui douncr uu droit arbitraire sur leur vie et leuK biens.

«Diles-lear qu'ils anroiit Tun et Taulrc, » ré|)ondit Taga. « Eu accordant de pareilles demandes, » ajoiUa-t-il en se tournant vers moi , « c*cst celui qui donne qui gagne le plus. » Je fis réloge de sa libéralité : « Louez plutôt mon bon sens,» répliqua-t-il , « cVst lui qui m'a fait découvrir que j'accrois mes revenus , en répandant mes trésors au lieu de les enfermer dans mes coffres. Vous m'avez fait compliment de la hûreté de mes routes; comment croyez-vous que je l'assure? ce n'est pas en les faisant surveiller; c'est en procurant du travail à mes sujets. Quand on a l'esprit et le corps occupés à améliorer sa propriété, on ne cherche pas à s'emparer de celle des autres. »

Pendant trois jours je ne cessai d'admirer la sagesse et Fbospilalité d'Hadji-Bollad , et le quatrième je lui annonçai mon départ. « J'espère , » me dit-il , « qu'en quittant ma résidence vous irez visiter la résidence des jeunes branches de ma famille^ Pergame, Yayakeui. » Sans lui en faire la promesse, je lui demandai la permission de lui présenter mes devoirs à mon retour de Constantinople. « Ne tardez pas ti*op long-temps , n me dit-il ; « j'ai moi-même un .grand voyage ù faire; et, malgré la vigueur qui me reste et votre activité, il est possible que je le termine avant que vous fmissiez le vôtre. » Je pris alors congé de lui, je montai le cheval qu'il m'avait donné, et je partis.

Mais, quoique mon corps s'éloignât d'Hadji-Bollad, mon âme semblait fixée dans l'heureux séjour où ce digne vieillard exerçait un pouvoir absolu avec tant de douceur; et, tout en marchant vers Stamboul, mes pensées étaient encore à Magnésie. La nouvelle scène qui s'y était montrée à mes regards avait pour moi un charme qu'on ne peut décrire. Ce n'était que là que j'avais appris qu'on [K)uvait jouir du bonheur présent de la vie, sans le troubler par les soins et les inquiétudes de l'avenir.

« Et pourquoi donc n'en jonirais-je pas? » pensais-je : « ne ]K)ssédé-jepas cette fortune indépendante qui fait l'objet des désirs de tous les hommes 7 Ne suis-je pas à même de me procurer tout ce que peut souhaiter celui qu'une folle ambition n'égare point: une belle maison, une table bien servie, un nombre sufûsant d'esclaves , un harem temyli de houris terrestres ? » Je

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