‹ AnastaseChapitre 270 sur 407 · CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME

ranri»» : ici est le but de iîîcb talents et de mes projets. Et je ne cueillirais pas toutes les fleurs qui peuvent se trouver sur ma route pendant le cours d'un voyage dont le ternie est si rapproché! La perspective d*une grandeur aussi fragile que difficile à atteindre m'empêcherait de me livrer aux plaisirs qui doivent embellir ma courte carrière ! Loin de moi une sem* blabie folie ! ne songeons qu'à jouir du bienfait de l'existence « et mettons à profit le peu d'instants que le ciel veut bien nous accorder. •

C'est ainsi qu'un spectacle fait pour bannir l'idée de toutes jouissances purement sensuelles ne servit , dans la dis|)Osition d'esprit cù je me trouvais, qu'à me confirmer dans le dessein de m'y adonner tout entier.

En arrivant à Constant inbple, j'exécutai mes sages résolulions sans perdre de temps. J'avais si constamment devant l(*s yeux la crainte de la mort , que je ne laissais échapper aucun des plaisirs que la vie peut procurer. Pas une réflexion im|)ortnne ne vint troubler l'emploi prudent que je faisais de toutes mes heures. Je n'avais pas besoin qu'un esclave me rappelât tous les matins que j'étais mortel, et je mettais à profil chaque journée, comme si ce devait être la dernière de ma vie.

Tandis que je voguais ainsi à pleines voiles sur cette mer de délices, un our<igan- subit neutralisa pour un instant la force du courant et vint m'arrêter dans ma course : c'était un nouvel accès d'ambition, mais de l'ambition la plus folle qui se fût jamais portée à mon cerveau. Le bruit, vrai ou faux, s'était répandu à Péra que le boudoir autocratique de toutes les Russie» était tombé dans un état d'anarchie complète, par suite du renvoi , de la disgrâce ou de la mort du favori régnant. Deux ou trois jeunes gens, ajoutait-on, n'ayant pour eux qu'une suffisance disproportionnée avec leurs moyens, avaient tenté de remplacer le héros éclipsé, mais leur présomption n'avait abouti qu'à les faire mourir de frayeur avant leur installation. Dans cet état de choses, il me sembla que je pouvais, comme un auire, aspirer à ce poste éclatant, et que je n'avais même qu'à me montrer pour remporter le prix.

En tout état de cause, ce prix valait bien une tentative pour lobUnir. D'ailleûis, un Grec doué de (\\\e\c\\\es V^VvvV^ vv^w

43fi MÉMOIRES D'UN GREC.

toujours sûr d*obtenir de ravancement au service de la Russie. Il est vrai que j*avais combattu sous les étendards ottomans; mais cette circonstance ne ui*en paraissait que plus favorable pour moi, attendu que, si l'on est sur de ses amis, la politique commande de chercher à gagner ses ennemis. Une fois revêtu de l'uniforme brillant de colonel des gardes , devais-je dootrr de mon triomphe ? Qui pourrait manquer de résolution quand il s'agit de se débarrasser d'un empereur ou de consoler une impératrice? « Ce ne sera point Anastase! » ra'écriai-je. « la dame n'est plus jeune, mais les rides de l'âge ne m'effraieront pas plus que les glaces du climat : tout me conviendra ; je devieiidrai un autre Potemkin ; je gouvernerai un empire; j'aurai une cour ; je m'occuperai tour à tour de plans de campagne et de projets de fête; j'arrangerai des provinces en mosaïque, cl l'on verra des terrasses élevées sur des glaçons se couronner de bosquets d'orangers ; quand je serai las de voir des illuminations sur la Neva, j'allumerai un incendie sur le Bosphore; je transporterai le siège de l'empire russe des bords de la mer Blanche aux rives de la mer Noire.

Pour accoutumer mes yeux à la vue des charmes de la célèbre I-Catharina, j'avais acheté, tout musulman que j'étais, un buste en plâtre de sa majesté, ressemblant parfaitement à l'original sous plus d'un rapport, disait- on; (t j'étais sur le point de partir pour les régions glacées du nord , quand une petite figure grecque de Fera eut l'audace de renverser tout l'édifice de ma grandeur, et de subjuguer le ministre en hefbe de l'autocrate de toutes les Russies.

Je combinais ordinairement mes plans assis près d'une croisée en face de laquelle était celle d'une belle veuve qui y réfléchissait de même aux siens ; mais il paraît qu'ils n'avaient pas pour objet la conquête de quelque potentat du nord. De manière ou d'autre, la séduisante Kateilo, sans en avoir la moindre intention, vint à bout de me laisser apercevoir successivement, à travers la persienne de sa schah-nichin ^ chacun des charmes dont elle était assez bien pourvue.

D'abord je vis par hasard un œil brillant, noir, plein de feu, et qui, quoiqu'il n'en fût pas à ses premiers estais, n'avait rien

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