‹ AnastaseChapitre 271 sur 407 · CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME

perdu de sa vivacité. Il se monda innocemmenl occupé h examiner l'état du ciel el le cours des nuages ; et, pour que je ne crusse pas qu'il était seul , son compagnon parut presque au même instant. Ces yeux , en s'appliquant h un des intervalles que laissaient entre elles les lattes de la persienne, me firent entrevoir un peu plus bas le bout d'un nez très-agréablement retroussé. Une connaissance de la veuve, demeurant probablement dans la maison voisine de la mienne , mais que je ne pus jamais découvrir , fit faire certains mouvements à deux Jèvres vermeilles bordées d'un double rang de perles orientales, et ces signes furent accompagnés d'un regard si plein de feu qu'il m'aurait infailliblement enibrasé s.'il eût été complètement dirigé vers moi. De temps en temps des doigts cliarmants s'occupaient à remettre en ordre les jalousies et les rideaux , et deux beaux bras venaient leur servir d'auxiliaires. Enfin un jour des efforts plus qu'ordinaires pour arranger un rideau obstiné entraînèrent la chute de toutes les draperies et des persiennes, et la belle veuve se trouva ensevelie sous ces débris. La politesse ne me permettait pas de rester spectateur indifférent de l'embarras de ma voisine; je descendis de chez moi; je montai à l'appartement de ma voisine, et je l'aidai à sortir de dessous les voiles envieux qui la couvraient. Jusqu'à cet instant, je n'avais aperçu qu'une faible partie de ses charmes ; mais l'ensemble, que je vis alors, me parut encore bien au-dessus de l'idée que je m'en étais formée; il semblait défier la critique. Moi qui tombais en adoration devant un pied bien chaussé, pouvais-je voir sans enthousiasme les proportions ravissantes de celui qui s'offrait à mes yeux? Comme un autre Marc- Antoine, je renonçai, pour l'amour, à l'empire du monde.

Également épris l'un de l'autre, nous nous déterminâmes, pour que notre union pût se conclure avec promptitude et se terminer avec décence, à contracter un de ces mariages de convention que les Turcs appellent cabin; mais, pour éviter les propos auxquels ils donnent toujours lieu , quoiqu'ils passent pour légaux , nous résolûmes de garder le secret sur le nôtre. La veuve prudente exigea même, malgré le bon accueil qu'elle me faisait en particulier, que je prisse la précaution de médire d'elle en public , précaution que ma galauXene waVut AV^ vsv^ ^\\.

long-temps regarder comme uii crime auquel il me sérail irapossible de me résoudre.

Cependant je me réconciliai peu à peu avec ce projet. Je r.e sais s*ii s'était opéré un changement dans mes yeux ; mais, après un certain temps, je commençai à penser que, sans faire beaucoup de violence h la vérité, on pouvait trouver en Kalello quelques défauts. Plusieurs de ses charmes me semblaient moins attrayants ; d'autres avaient entièrement disparu. Ses sourcils n'étaient plus si bien arqués, ses lèvres avaient perdu leur fraîcheur ; j'aurais juré que ses yeux s'étaient renfonces dans leur orbite, et sa bouche, dont j'avais admiré les belles proportions, me paraissait beaucoup trop grande. Ce que j'avais, considm* comme un grain*de beauté n'était plus qu'une grosse vernie, et sa démarche négligée était devenue à mes yeux un défaut de conformation. Klle-même ne paraissait guère plus satisfaite de son marché ; et comme je lui. vantais un jour mon exactitude à suivre ses ordres , et surtout la manière dont j'avais parlé de ses jambes, bien loin de m'en savoir gré, elle se mil dans une colère affreuse, et me dit qu'elle m'avait permis de décriiT.'^a conduite et son caractère, mais non sa personne.

Je lui promis de ne la ménager sous aucun rapport; et, lui ayant payé le dédit convenu, je recouvrai ma liberté. J'en avais fait assez, à mon avis , pour l'acquit de ma conscience musulmane, pour la paix de laquelle il ne me semblait nullement nécessaire d'avoir quatre femmes, soit en même temps, soit successivement , quoi qu'on puisse penser à ce sujet dans h chrétienté. Cependant les plus stricts et les plus rigoristes d»; mes amis mahoméians ne cessaient de me dire que le celib.it était une transgression perpétuelle de la loi, et que toulhonanie religieux devait se faire un point de conscience d'être toujours marié de manière ou d'autre. Mais ni les charmes d'une jeun ' fille d'Alep, âgée de seize ans, que mes espions femelles me représentaient comme pesant déjà quatre-vingts okes, ni ceux »:n peu plus mûrs d'une dame d'Andrinople , dont le poids exc;'dait un cantar ^ ne purent vaincre mon obstination.

C'était pour n'être gêné dans aucun de mes goûts, pour jomr d'un bonheur parfait, que je renonçais ainsi h remplir lesdc-

J. Qiiinlal.

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