‹ AnastaseChapitre 272 sur 407 · CHAPITRE TRKNTR-TROÎSIICME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRKNTR-TROÎSIICME

vfiirs du mariage; mais je reconnus bieniut que j*avais outrepassé le but que je ni'clais proposé, et que, quelque pesant que pût être le joug de Thymcn , la tsche d'une oisiveté complète n'était pas moins pénible. Je commençai à me trouver fali<^ué d'être sans cesse obligé de chercher de nouveaux amusemenis, clo me créer des besoins imaginaires. C'était un véritable travail ; et souvent l'ennui me surprenant au milieu des plaisirs de toute espèce dont je cherchais b m'entourer, je regrettais CCS temps de fatigues et de dangers ou je n'étais pas sûr de dîner tous les jours, où je passais une nuit sous une haie, une autre sur mes jambes, et n'ayant d'autre distraction que de fumer une pipe ou de sabrer un ennemi.

Au milieu de toutes mes voluptés fastidieuses, je reçus une Iclire de Smyrne qui donr.a une nouvelle direction à mes pensées : elle m'était adressée par un parent éloigné établi à Triesle, qui, ayant employé toute sa vie à amasser une fortune considérable, commençait à songer qu'il faudrait qu'il s'en séparât un jour. Vieux et infirme, il souhaitait qu'un jeune homme de si famille vînt soutenir sa \ieiMesse et lui tenir compagnie le reste de SCS jours, et il s'engageait à le reconnaître pour son héritier. Cassio Pharason, autrefois receveur des douanes au Caire, mais qui s'était enfui avec sa caisse dans les domaines de l'empereur d'Autriche, où il vivait honorablement, m'avait désigné à lui comme très en état de réi)ondre à ses vues sous ce double rapport ; et mon cousin, s'étant rendu à Smyrne pour affaires, m'écrivait pour me proposer d'aller l'y joindre. Les propositions qu'il me faisait étaient si séduisantes que je ne me sentis pas la force d'y résister. Je partis donc pour me rendre de nouveau dans la métropole des figues et des raisins, bien déterminé l\ en)prunter quelque chose de la douceur de ces fruits dans nu s relations avec ce digne cousin.

Avasit que je fusse parvenu h Brousse la nuit était déjà arrivée. A travers l'ubscurilé, il me sembla tout à coup voir glisser au milieu des tombeaux un objet qui éveilla mes soupçons, .lo 'balançai d'abord si cela méiitult mon attention ou si je passerais mou chemin ; la curiosité l'emporta enfin sur la discrétion. Je suivis cette apparition, et lui criai, homme ou démon , de s'arrêter et de répondre ; mais, Si meyme que j'avançais, elle fnj ait

en silence et avec tant de hâte que j'aurais perdu tout h fait la trace du fantôme, s*il ne se fût heurté contre une pierre funéraire. Lh , à ma grande surprise, le fantôme se divisa en deux parties. L'une des deux re&ta sans' aucun mouvement à l'endroit de la chute, l'autre continua h courir, toutes deux avec des raisons également bonnes , car l'objet reste en place n'était rien autre chose qu'un long sac rempli d'os de mort , et l'objet fugitif était le larron qui remportait. Je criai à ce dernier de s'arrêter, s*il ne voulait pas recevoir* une balle de mon pistolet. Il s'arrêta en eiïet, et tomba à mes genoux. C'était un caloyer, qui chercha à éveiller ma compassion par le récit de son histoire. Sous-hégouméne ^ d'un dr s monastères de l'Hagion Oros^ il était venu avec son archimandrite pour faire une quête à la ronde. Dans le dernier lieu où le digne couple s'était arrêté, ils s'étaient aperçus que leur provision de saintes reliques avait tellement diminué qu'elle avait besoin d'être renouvelée. Le cimetière le plus voisin leur en offrait les moyens, et le sac qu'il emportait n'était rien autre chose que quelques tibias de Turcs, ramassés çà et Ih dans le cimetière pour devenir des reliques chrétiennes.

A ce récit : a Misérable ! » m'écriai-je , « véritable chacal venu pour dépouiller nos tombeaux ! s'il me prenait fantaisie de faire aussi de toi une relique ! »

« Elle ne vous prendra pas , me répondit humblement le caloyer ; vous ne perdiez pas voire temps à me punir. Mes jours de pèlerinage sont passés; notre itinéraire tire à sa fin, et en moins de quinze jours nous serons rentrés dans notre couvent à jeûner et à prier, sans apercevoir désormais pour le reste de nos jouis aucune forme humaine qui mérite ce nom. »

« Ce serait donc une grâce à te faire que de t'enlever à cette misérable vie ? » lui dis-je. Mais je le laissai aller fort satisfait de m'avoir échappé , et je ne le fus pas moins de trouver fort près de là un khani *, où je me retirai pour goûter quelque repos. Mais malheureusement ce sac d'os mêlés par le caloyer dans une étrange confusion rappelait à mon esprit certain*

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