‹ AnastaseChapitre 273 sur 407 · CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME

sujet de conversalioii qu*ainiait h développer Eugène : je veux dire les changements successifs qui s'opèrent dans les élémenis consiilulifs de tout corps organisé, et Tappropriation différente .qui peut survenir de particules identiques h des corps divi>és. L'idée de Télrange tohu-bohu qui pouvait résulter de cet amalgame successif me pourchassa pendant mon sommeil, et je rêvai qoc je voyais devant moi une troupe d'âmes dans un cruel embarras au moment où elles étaient convoquées pour le jugement dernier. Une moitié de ces âmes se trouvaient tirées dans des sens opposés par des corps de différents siècles qu'elles avaient gouvernés successivement au temps de leur vie ; l'autre moitié ne pouvait plus trouver de corps où elles pussent se loger, les matériaux du corps qu'elles avaient autrefois possédé ayant servi à la confection d'autres corps dans la suite des générations. L'embarras de ces pauvres âmes produisit un tel effet sur moi que je me levai en sursaut dans une grande agitation ; et, roulant sur quelques conducteurs de chameaux endormis par terre dans le passage, je les pris pour des cadavres inoccupés que je me disposais à répartir entre les âmes en peine , lorsque leur résistance me réveilla et me fit voir mon erreur. Les tentatives de mon humanité eurent toutefois un bon résultat, car en un clin d'œil tout le khani se trouva sur pied, et je pus ainsi partir d'aussi bonne heure que je le désirais pour pouvoir arriver ù Smyrne à la nuit.

Mais, hélas! en arrivant à Smyrne, j'appris que Delvinioli, mon cher parent, était reparti pour ïriesle sans m'attendre, sans se donner la peine de me laisser une note qui me fît connaître la cause d'un procédé si bizarre. Je me trouvai un peu mortifié de ce manque d'égards; je tempêtai, je jurai, je formai le projet de le suivre à Trieste pour lui demander raison d'une telle conduite ; mais, craignant de m'exposer aux sarcasmes si je donnais lieu de soupçonner qu'on m'eût traité aussi cavalièrement, je pris le parti de montrer un visage serein ; je dis partout que j'étais revenu à Smyrne par suite du goût que j'avais pris pour celte ville ; et, afin de prouver la vérité de cette assserlion, je résolus d'y passer l'hiver et d'y dépenser assez d'argent pour qu'on me crût véritablement heureux.

442 Miti^OIRES D*UN GREC.

Page 1