CHAPITRE XXXIV
Il sj; lie avec une sociclc de mauvais sujeU:. — Euphrosyne. — Il fait le pari de la déshonorer. «— Il fait connaissance avec Sophie, sa femme decliambre, — lulrijjues. — Il aperçoit Euphrosyne. — Conseils de Sopliic. — Billet. — Il pénètre la nuit chez Euphrosyne. — Eclat public. — Aua«i:isi' s'engage à (jarder le silence.
Lorsqu'un homme, entraîné dans le désordre par ces passions impélueuses qu'on doit plulôt attribuer à reffervescence des sens qu'à la perversité de ses principes, atteint sa trenlième année, on le voit ordinairement renoncer aux folies de sa jeunesse, et , plus maître de ses actions , prendre la raison pour guide. Je venais d'arriver à cet âge, et tout devait faire présumer qu'éclairé par l'expérience , je saurais me tenir en garde contre la violence de ces désirs déréglés qui, déjà plusieurs fois, m'avaient conduit sur les bords d'un abîme de misère et de regrets.
Mais il en est des maladies de l'âme comme de celles du corps. Une crise salutaire fait croire que le danger est passé; déjà les parents et les amis se livrent à la joie ; il survient une rechute, et cette rechute est suivie de la mort. Ce fut ce qui m'arriva. J'avais résisté à de violentes tentations, j'étais ûer de ma fermeté, je me félicitais d'avoir amorti le feu de ces passions tyranniques qui avaient si long-temps consumé mon cœur ; mais je présumais trop de mes forces, et m:i résistance môme ne servit qu'à provoquer l'éruption d'un nouveau volcan qui, ébranlant tout mon être, répandit sur le reste de ma vie la ruine, la désolation et le remords.
Pendant le cours de mes opérations commerciales à Smyrnc, j'avais fait la connaissance de quelques personnes respectables que j'allais voir de loin en loin depuis mon retour ; mais, malheureusement pour moi, je ne choisis pas ces personnes pour ma société habituelle ; je préférai me lier avec quelques-uns de ces êtres amphibies qu'on trouve dans toutes les villes maritimes , qui , ne connais ant pas de patrie , considèrent la mer comme leur élément^ naturel, et la terre comme un lieu de passage où ils viennent verser les vices qu'ils ont puisés dans toutes les con- Irées qu'ils ont parcourues-, hovuvues dont la dépravation do