‹ AnastaseChapitre 276 sur 407 · CHAPITRE TRENTE<ilATKll:ME. 4i · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE<ilATKll:ME. 4i

une haie si impcnéirable que les regards et les soupirs de l*ainaul étaient arrêtés par celte barrière. Il n*étaitdouc pas étonnant qu'un étrauger , un musulman , dont les visites étaient nécessairement rares, et dont la présence mettait en fuite toutes les femmes de la maison qui n'étaient pas suffisamment protégiH*s par Tégide de la vieillesse ou de la laideur, n*eût jamais vu ce modèle de perfection et ne connût sa beauté que par ouï-dire.

Mais la beauté d'Euphrosyne n'était pas ce qui m'occupait en ce moment. En eût-elle été totalement dépourvue , mon inconséquence m'avait réduit à l'alternative de choisir entre sa ruine et la mienne. Si j'échouais dans ma tentative, je perdais non-seulement ma réputation assez méprisable sans doute, mais eacore ma fortune que je ne méprisais nullement , car ma folle gageure était assez forte pour la compromettre.

Au résumé, je désirais presque ne voir ma victime, car c'est ainsi que je dois l'appeler, qu'au moment où cela serait indispensable pour raccomplissement de mon infâme projet , dans la crainte qu'une physionomie brillant d'innocence , qui avait même, disait-on, quelque chose d'angélique, ne désarmât ma scélératesse du sang-froid nécessaire pour obtenir un triomphe sacrilège. Tout ce dont j'avais besoin pour le moment , c'était de me ménager quelque intelligence dans la forteresse que je voulais attaquer, de m'y assurer quelque allié, qui pût favoriser à l'iotérieur les entreprises que je formerais au dehors pour la surprendre.

Je passai dans l'agitation toute la nuit qui suivit cette funeste soirée. Ne pouvant fermer l'œil, je ne m'occupai qu'à former des plans dont aucun ne me satisfit. Les uns demandaient trop de temps , les autres étaient impraticables. Je me levai épuisé de fatigue, et je me traînai à ma porte pour respirer un air plus pur.

Le hasard, source féconde de biens et de maux, fit passer devant moi la personne dont j'aurais pu demander aux dieux l'assistance pour favoriser mes projets criminels : c'était la fmmc de chambre d'Euphrosyne. Sa figure ne m'était pas inconnue, la mienne ne lui paraissait pas^ étrangère; car elle me salua d'un air si gracieux que je crus lire dans ses yeux l'as* surance d'un entier dévouement à mes désirs.

4'iG Mi:MOiKES D'UN GhtC.

C*eût été manquer d'égards pour cette nymphe au doux sourire, et négliger mes plus chers intérêts, que de ne pas profiler d'une si belle occasion. Après avoir résisté un instant par bienséance, la complaisante Sophie consentit à entrer chez moi,

et là Mais à quoi bon détailler les moyens dont je me

servis pour la gagner ? Il suffit de vous dire que j'y réussis plus aisément que je ne l'espérais, e( la facilité de la suivante m'inspira même des idées peu favorables à sa maîtresse. Une bourse bien remplie que je lui présentai , et la promesse que je lui ûs de lui en donner une autre pour n''compense si je parvenais au but de mes désirs , m'assurèrent de sa disposition à seconder mes desseins ; et ce ne fut que lorsque je la remerciai de s'être rendue si promptement à mes propositions,, que la rusée Sophie s'efforça d'en diminuer le mérite, en me disant : que, si Ëuphrosyne eût eu la moindre affection pour son futur époux, elle ne se serait jatnais déterminée à servir mes projets; mais que, sachant le contraire, elle croyait travailler au bonheur de sa maitresse autant qu'au mien. Cotte circonstance, vraie ou fausse, augmenta la satisfaction que j'éprouvais du résultat de cette entrevue : elle diminuait l'odieux du crime que je projetais, et en rendait l'exécution plus facile.

Quoique Sophie conçût fort bien que l'amour n'avait aucune part dans mon dessein diabolique, elle me fit observer qu'il ne serait pas Inutile de chercher à inspirer à Ëuphrosyne quelques dispositions qui më fussent favorables, £lle m'apprit que sa jeune maîtresse devait aller le lendemain se promener hors de la ville avec quelques compagnes dans un endroit qu'elle m'iudiqua. «Trouvez-vous y comme par hasard, » me dit- elle. Ne faites |)as attention à nous; donnez-nous seulement l'occasion (le vous voir ; ce sera à moi de faire qu'un coup d'œii passager produise un long souvenir. iMais gardez-vous bien de chercher i nous aborder; retirez-vous sur-le-champ ; modérez votre impatience, et, le jour suivant, je vous ferai part de la conversation que j'aurai eue avec Ëuphrosyne en lui donnant mes soins au moment de son coucher. »

Personne ne fut jamais plus disposé que moi à adopter tout ce qui pouvait flatter sa vanité. Le lendemain, je donnai à ma loiktte une altenliou V\)uV^ ^^vkvilv^vQ ; l'évitai surtout de me

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