‹ AnastaseChapitre 281 sur 407 · CHAPITRE XXKV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXKV

Kuphiosyne se iéfii{»ie chez lui pour réclamer rcparaiion. — Anaslase fjil valoir iuiililenicnt îc j'.ain de son pari. — Il rcuconlre Sophie el tlierclie il se ven(;cr d'elle. — Noble caracière d'Iùiphrosync. — Détcstahle roiitluiic d'Aiiasiase. — Disparition d'Kuphrosyne — Reproches que se fait AnasiasP. — Lettre de Sophie révélant sa vengeance.

Une femme voilée avec soin , parcourant les rues d'un pas rapide et d'un air égaré, avait attroupé autour d'elle une foule d'enfants qui la suivaient en poussant de grands cris. En la voyant s'arrêter devant ma porte, je ne doutai pas que ce ne fût ma complice en iniquité , Sophie , qui venait me demander le .salaire de son infamie. La seule chose que je ne pouvais expliquer, c'était comment son air hardi et effronté avait fait place à la liniidilé et «i la crainte. J'attribuai ce changement à ce qu'elle avait sans doute été publiquement et honteusement chassée de chez Chrysopuulos ; et sa disgrâce étant mon ouvrage, je sortis pour la délivrer des enfants qui l'entouraient pour la faire entrer chez moi ; mais ma surprise redoubla quai^d, lui ayant donné la ipain, je la vis tressaillir, se retirer en frémissant , el perdre connaissance au même instant. Je la pris entre mes bras, la transportai dans mon appartement, et me hâtai de lever son voile pour qu'elle pût respirer plus librement. Quel fut mon étonnement quand, au lieu de l'audacieuse Sophie, je reconnus la douce, la modeste Ëuphrosyne!

A peine eut-eHe recouvré l'usage de ses sens, qu'elle leva les yeux au ciel, se jeta la face contre trrre et se tordit les bras avec tous les symptômes du plus violent désespoir. Je ne pouvais concevoir quelle cause l'avait déterminée à quitter l'asile où elle avait passé sa jeunesse; mais je bénissais le ciel de l'avoir conduite chez moi, attendu que cette circonstance rendrait inuQ triomphe public, sans qu'on eût à me reprocher d'avoir manqué à ma parole. Quand cependant je vis l'excès de sa douleur, qui faisait un contraste si frappant avec la joie à laquelle je me livrais intérieurement, je me sentis ému de compassion, et je lui dis tout ce que je ^us imaginer de plus propre à calmer la vioie/jce de sa douleur. Dès ^u^ \vi\^\S&^vi^Vi$.d<5 \)ouvoir parler,

. CHAPITRE TBEMÉ-GJXQUIÈMK. ' 4J9"'*'

je me hasardai à lui demander pourquoi elle était sortie ainsi ^a chez elle sans aucune suite, dans l'instant où J8 croyais que tout Smyrne y était réuni pour la célébration de ses noces».

» De mes notes! » s'écria-t-cilc avec un sourire amer, qnand mon déshonneur fait le sujet de toutes les conversations ! «

« De toutes les conversations ! » répétai-je : que la ma'édiclion du ciel tombe sur quiconque a divulgué ce funeste secret! »

« C'est donc sur moi, » dit-elle, « que vous appelez sa colère?»

Je restai muet de surprise.

« Pouvais-je, » reprit-elle, «ajouter la perfidie à l'outrage? Pouvafs-je apporter l'infamie pour dot à un homme si noble, si généreux , qui , après que je lui eus confessé ma honte involontaire, me dit que cet aveu ne me rendait que plus estimable à ses yeux , ne lui donnait que plus de contiance en nu fidélité.... »

« J t qui, après un discours si sublime, » disje, » finit par refuser votre main. »

0 Non ! » dit Ëuphrosyne, » ce fut moi qui refusai la sienne*, qui ne voulus pas porter un sujet de reproche dans la maison d'uQ étranger, et qui, pour ce seul motif, fus menacée par mes propres parents d'être chassée de leur maison. iVlais je ne leur laissai pas le temps d'exécuter cette menace ; j'en sortis sans être aperçue; je courus de rue en rue, demandant partout votre demeure , résolue à chercher un refuge dans le seul lieu où j'avais droit d'en trouver un. o

«Quoi donc! » m'écriai-je, « aviez-vous conçu d'avance le projet de vous réfugier chez moi ? Il me semblait que vous avi( z hésité, frémi, r. culé, à l'instant où, par compassion, je voulais vous y introduire avant de vous avoir reconnue. »>

« Pouvais-je exécuter celte résolu lion, » dit-elle en levant au ciel si*s yeux baignés de larmes, « et ne pas frémir en songeaiit à ses conséquences ? »

Ces conséquences commençaient aussi à se présenter à mc.n esprit, et je n'en étais pas peu effrayé. D'abord la surprise que m'avait causée la vue d'Euphrosyne, les reproches que me faisait ma conscience, le paisir que j'avais éprouvé eu m^ \w>\\\. dégagé de ma promesse, ia compassion qwc w\'«s;ùv. \w^V«^^^^'

désespoir de cette jeune fille, mille autres sensations dont il me serait impossible de rendre compte , m'avaient fait oublier la confidence que Sophie m'avait faite. Mais en^iite , incapihic d'apprécier la force d'âme qui Tavait déterminée à divulguer elle-même sa honte, à refuser la^main de l'amant qui conseutait encore à ré|X)user , à Tabandoni^r pour chercher Tautear de son désastre, je ne vis dans sa com}uite que la confirmaiitm de mes premiers soupçons. Fallait-il (f^'une jeune fille qui, apfîs avoir commis une première faute,; av^,bien voulu m'accofdcr, ou pluiôl me proposer un rende^j^voiis, demeurât par ce n»:if perpétuellement à ma charf2^? Tout n'annpnçait-il pas en die de l'artifice, de la duplicité? Elait-iJ^juste''flue je fusse choisi pour porter la peine des fautes^ d^s a^Hres? I^n ,^sans doulo; et je résolus de me débarrasser de ce far^eaj». V V

Il m'était impossible de lui faire connaître les véritables misons qui me poriaiè1|t à ^n agir ainsi. Chaque circonstance de cette malheureuse afl^re Wmblait avoir été calculée pour me donner contre elle lotnes les présomptions possibles, sans nie fournir une preuve positn^. '^e ne pouvais alléguer, pour me dispenser de satisfaire ses B^éH!lrs, qu'elle avait trop promptegient cédé aux miens, et lui ^wrlçr d^une faiblesse antérieure , dont ma vanité ne pouvait suD|U)rler l'idée: une impuntion si odieuse aurait diminué le mérif^de ma victoire, la valeur de ma conquête. D'ailleurs je voyais, «ans ses ^eux qui semblaient implorer ma pitié , un désespoir tr'ïyp sincère pour vouloir y ajouter par un reproche qui ne pouvait que rendre plus douloureuses ses angoisses mortelles, soit qu'elles fussent justes, ou qu'elles ne fussent pas fondées. Affectant donc de ne parler que par intérêt pour elle: « Euphrosyne, lui dis-je, «vous avez commis une imprudence, en divulguant ce qui, sans votre aveu inconsidéré, serait resté couvert d'un mj stère impénétrable; vous en avez fait une mille fois plus grande encore, en refusant la main de l'amanl incomparable qui, malgré cet aveu, persistait à vous l'offrir; mais !e comble de la folie , c'est de vouloir vous .soumettre à l'ignominie de la honte quand vous pouvez encore jouer dans Smyrne le rôle le plus brillant. Rien ne peut ions justifier de la lâche iuclîaçablc que celte conduite va jeter svr votre famille. Cro^^^i-uWx, x^xwww^-l ^lWîz vous pendant

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