‹ AnastaseChapitre 283 sur 407 · CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME. 4G · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME. 4G

qui, ce matin même , aurait pu voir tout Srayrne à ses pieds, seirouvait à midi installée dans ]*appartoment garni d*un aventurier, comme sa maîtresse publiquement reconnue.

Quant à Sophie, tant que Chrysopoulos avait eu Tespoir do couvrir ce qui venait de se passer des ombres du secret, il s'était abstenu d'exciter la rage de cette furie en lui laissant voir les soupçons qu'il avait conçus contre elle ; mais , dès qu'Euphrosyne eut déchiré de ses propres mains le voile du mystère, Sophie, sentant qu'il n'y avait plus de sûreté pour elle dans cette maison , en était disparue , et Ton ne savait ce qu'elle était devenue.

La chose importante pour moi dans ce moment était de me

fiiire payer le montant de la gageure que j'avais si bien gagnée.

L'accroissement que je venais de donner à mon ménage ne me

permettait pas de n^iiger mes intérêts. Aussi, après avoir dit

à Euphrosyne tout ce que je crus le plus propre à calmer ses

chagrins , je la quittai pour me rendre au lieu de réunion de

notre société, et j'en trouvai tous les membres déjà assemblés.

Le premier mot que je leur adressai f Jt pour leur demander

le paiement de la gageure ; mais on ne me répondit que par

un éclat de rire universel. Quand cet accès de gaieté fut passé ,

on me dit que je devais me trouver fort heureux d'en être

quitte moi-même sans avoir à délier les cordons de ma bourse.

Et, comme j*en demandai les raisons , j*appris que l'infernule

Sophie m'avait prévenu, qu'elle avait eu soin de les avertir

que ni ma vanité ni ma fortune ne pouvaient tirer le moindre

avantage du succès que j'avais obtenu , attendu qu'il n'élail

que la suite d'une première faute, faute dont elle m'avait fait

la funeste confidence, et qu'elle m'avait solennellement juré de

ne jamais découvrir. D'après ces renseignements , on venait de

déclarer la gageure nulle , et je n'avais pas un para à réclamer.

Que pouvais-je faire avec une mauvaise cause et des drôles

aussi déterminés que je l'étais moi-même? Renoncer à ce que

je voyais clairement que je ne pourrais jamais obtenir, faire

comme les autres, et rire moi-même de mes prétentions mal

fondées.

Mais si j'étais parvenu à conserver une apparence de bonne humeur tant que j'étais resté avec mes diç,\\esç«vs\^^'^\Çî?«N&>'^

ii*en fut pas de même quand , après les avoir quittés ponr ro* tourner chez moi , j^aperçus Sophie au détour d'une rue.

J a?ais éprouvé une «issez grande contrariété en me voyant déchu de Tespoir de toucher une somme à laquelle je noyais avoir des droits bien acquis ; mais ce n*était rien en comparaison de la blessure qu'avait reçue mon orgueil. Le desiin d'une femme charmante se trouvait lié au mien par des nœuds qui devaient être plus indissolubles que ceux même du mariage , puisqu'un divorce ne pouvait la rendre à sa famille ; et cette compagne de ma vie avait été frappée d'infamie par celle même en qui elle avait eu le plus de confiance. Mes oreilles retentissaient encore des épithètes que mes amis avaient prodiguées à Ëuphrosyne , grâce à la méchanceté de la furie acharnée à sa perte.

Elle sentait si bien ce que méritait son iniquité , que, loin de s'avancer vers moi pour réclamer le salaire que je lui aifais promis , elle ne songea qu'à m'éviter aussitôt qu'elle m'aperçut , mais il était trop tard.

« Misérable! » m'écriai-je, « c'est donc ainsi que vous gardez vos promesses ! Vous allez voir comme je m'acquitte des miennes. » La saisissant alors parle bras, et lui rendant avec usure toutes les épithètes que sa scélératesse avait attirées à Ëuphrosyne , je la roulai dans le ruisseau le plus infect de Smyrne , au milieu de la populace qui s'était amassée autour de nous. Quelques âmes charitables Taidèrent à se tirer de ce cloaque; et la furie, croyant alors avoir trouvé des protecteurs, eut l'audace de s'écrier en se relevant : « Avant de jeter les autres dans la boue , nettoyez celle dont votre Ëuphrosyne est couverte ! » A ces mots, transporté de rage, je tirai mon poignard, et je l'aurais souillé du venin qui coulait dans ses veines , si la populace n'eût facilité son évasion et ne m'eût empêché de la poursuivre.

Mais sa morsure envenimée avait fait à mon cœur une blessure que rien ne pouvait guérir. C'était peu d'avoir moi-même des soupçons sur la vertu d'une femme qui avait sans doute fait de moi la victime de sa perfidie ou le jouet de son caprice, il fallait encore que sa honte fût divulguée partout et m'exposât i la dérision et au% ^uvc;\^vwe^. C^eUe idée était insupi)ortab)e,

Page 1