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CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME

et rétincellc (raiïoctioii cfiii vivait encore dans mon cœur pour ma nouvelle compagne semblait entièrement éteinte quand je rentrai chez moi. Mais si j'y arrivî^i avec la détermination de lui faire partager tous les maux qu'elle avait attirés sur moi , je me promis bien aussi de cacher à jamais la cause de ma conduite. A quoi bon lui reprocher une faute dont je ne pouvais lui fournir la preuve, et dont je n'espérais pas obtenir l'aveu ?

Sous l'extérieur de l'enjouement, Ëupbrosyne avait toujours caché un caractère décidé. Elle n'avait voulu ni accepter un époux , ni rester avec des parents dont elle pouvait craindre d'essuyer un jour les reproches ; elle m'avait regardé comme responsable envers elle du bonheur dont je l'avais privée ; elle ('lait venue me trouver comme le seul être qui dût la proléger et lui rendre justice : mais elle y était venue accablée du poids d'un sentiment de honte qui l^ii était insupportable , le cœur percé d'une telle angoisse qu'il aurait fallu les soins les plus constants et la plus tendre alTection pour lui rendre une partie de sa première gaieté.

Mais quand , après mon excursion et l'acte de justice que j'avais exercé à l'égard de Sophie, je reparus devant elle, silencieux , morne et le sourcil froncé , elle jie vit que trop tôt qu'elle ne devait attendre de ma compassion aucun baume pour ses blessures. Un coup d'œil qu'elle jeta sur moi suffit pour lui apprendre le changement total de mes sentiments, et le regard qui y répondit arracha de son cœur le dernier germe d'espoir et de confiance. Depuis ce moment , absorbée sans cesse dans une profonde mélancolie , elle ne connut plus même l'ombre delà joie, et, avec sa gaieté, elle sembla perdre sa vivacité d'csppit et presque la faculté de la parole. Craignant d'entamer avec elle une conversation sérieuse, voyant qu'elle prenait ù peine part à des sujets d'ectrelien plus légers, je commençai à n'éprouver que \'idc et ennui auprès d'elle, et je m*absentai de chez moi plus souvent même que je n'avais habitude de le faire avant que je n'y eusse une compagne , tandis que l'infortunée, comptant les heures de mon absence et craignant le mépris du monde, passait ses jours dans une solitude constante qui ne fai>ait qu'ajouter à l'amertume de ses SQVxevà,

Si la patience avec laquelle Ëuphrosync souffrait mes plus injustes procédés avait été capable d'attendrir mon cœur endurci, sa douceur angélique aurait enfin triomphé de ma tendresse ; mais sa conduite ne servait qu*à me convaincre davantage de la vérité des rapports de Sophie. « Si sa conscience ne lui faisait pas de secrets reproches, •> pensais-je, » supporterait-elle avec tant de résignation mes torts réitérés? éviterait-elle avec tant de soin de me donner l'onïbre d*un prétexte de ptainte? Il faut qu'elle soit coupable , puisqu'elle se soumet à être traitée comme si elle Tétait. »

Il arriva de là que , lors même que sa douceur inépuisable m'inspirait une véritable compassion , je cherchais h prendre un air plus dur et plus sévère pour cacher des sentitnenls que je regardais comme une faiblesse. Ne pouvant me résoudre à chasser de chez moi une femme qui se trouvait sans ressource, je m'en bannis moi-même presque entièrement , et me plongeai plus que jamais dans la dissipation et le dérèglement. Jusqu'à cette époque, le vin ne m'avait paru qu'un agrément pour la sensualité , je le regardai alors coinine un. remède pour chasser de fâcheux souvenirs : je n'avais joué que par désœuvrement , le jeu devint une ressource pour produire en moi une sorte d'exaltaUon d'esprit. Quand Euphrosyne , après m'avoir attendu toute la nuit , me voyait rentrer le matin pâle et fatigué de mes excès nocturnes , elle avait encore à supporter l'humeur que me donnaient mes pertes. Elle souffrait tout pourtant. Elle avait tout sacrifié pour moi; et, quoique je fusse pour elle aussi repoussant qu'un buisson d'épines, dédaignant les blessures qu'elle en recevait à chaque instant , elle s'y attachait comme au seul soutien de sa frêle existence. Euphrosyne avait coutume, lorsque je revenais de mes orgies nocturnes, de m'attendre et de tenir toujours prête pour moi une tasse de café, qu'elle me présentait elle-même. Un matin que je rentrais après avoir fait de si copieuses libations que mes jambes pouvaient à peine me soutenir, au lieu de la voir se présenter à ma rencontre pour me calmer par ses soins empressés , je la trouvai étendue sur le plancher. Je crus d'abord qu'elle dormait, mais je vis bientôt qu'elle avait perdu connaiss:.nce; j'cssayai e/i vain de la rc\e\'çv\ vaati c^^t^ éçuisé, mes jambes

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