CHAPITRE TRENÏE-CLNQUJÈME
cliancelaules , mes bras tremblant d'agitation , ne purent retenir ce fardeau , et je la laissai retomber. Revenant à elle en ce moment , elle se persuada que cet accident était Teffet de ma volonté, et, soulevant la têle avec effort, elle fixa sur moi des yeux hagards , leva les mains au ciel , et , pour la première fois , me Gt entendre une plainte. « Je Tai bien mérité , » s'écria-t-elle , « j'avais été avertie. »
« Que voulez-vous dire ? » lui demandai-je.
•— 0 Le matin que vous parûtes à nos yeux si inopinément dans la vallée , à peine nous vous avions perdu de vue , que nous commençâmes , jeunes folles que nous étions , à chercher la cause de votre apparition. Nous convînmes qu'il ne fallait pas l'attribuer au hasard, et nous tirâmes au sort pour savoir laquelle de nous vous avait attiré dans ce lieu. Le sort me favorisa , si cela peut s'appeler une faveur. Une de mes amies , plus âgée que moi de quelques années , remarqua mon émotion : « Eu* phrosyne , • me dit-elle tout bas , « prenez garde à cet étranger ; et , si vous sentez pour lui la moindre affection , fuyez-le comme vous fuiriez la peste. Du moment qu'il saurait qu'il possède votre cœur, il vous traiterait comme les enfants traitent leurs jouets : ils n'ont pas de repos qu'ils ne les aient brisés. »
— « Et , après un pareil avis , vous n*avez pas vu le précipice? »
« Ah ! » s'écria douloureusement Euphrosyne , » reprochezmoi tout ce que vous voudrez , excepté mon amour : c'est lui qui m'a aveuglée , en dôpit de tout ce qui aurait dû m'ouvrir les veux. »
fi Votre amour, » dis -je froidement , « ne mérite ni reproches ni remercîments ; il nous est aussi impossible de nous eu défendre que de le faire renaître quand il a cessé d'exister. »
« 11 est donc vrai que vous ne m'aimez p!us? » s'ccria-t-elle.
« A quoi bon une telle question? » répondis-je avec aigreur, « il est des choses qu'on doit comprendre sans avoir besoin de se les faire dire. »
A ces mots , elle mit ses mains sur ses oreilles , comme craignant d'en entendre davantage, et courut s'enfermc^r dans sa chambre. No^i-sculement je ne cUerchul çqvwV^ VcwiïùViX 'èa.
solitude, mais, me déplaisant chez moi, j*eu sorlis sur-lechamp, et j'entrai dans un café. Après y avoir déjeuné, le sommeil me surprit; et, lorsque je m'éveillai, quelques-uns de mes amis, qui y étaient survenus, m'enlevèrent de vive force, cl me conduisirent au lieu de nos réunions ordinaires, où, pendant douze heures, je ne fis que boire, jouer et dormir; dormir, jouer et boire. En sortant au milieu de la nuit pour retourner à ma demeure, un faux pas me fit tomber, et, dans ma chute , je m*écorchai la figure et me donnai une entorse. Le bruit que je fis en tombant attira quelques personnes de la maison , qui, m'ayant relevé, me déposèrent sur un sofa dans Ja même salie où mes amis continuaient leur orgie.
J'ai toujours été si avare de mon temps , que je n'ai jamais donné à la réflexion que celui pendant lequel une indisposition me condamnait à une retraite forcée. J'avais en ce moment de quoi occuper mon loisir. Le peu d'intérêt que mes prétendus amis pienaient à mes souffrances me conduisit à comparer leurs sentiments avec ceux d'Ëuphrosyne , et la comparaison ne fut pas favorable à mes amis. Que de soins ne m'eût-ellc pas prodigués dans un pareil moment ! Quel zèle , quel dévouement ne m'avait-elle pas toujours montrés, et de quelle indifférence cruelle l'avais-je payée ! Je sentis mon ancien amour pour elle renaître dans toute sa force ; je résolus de la dédommager, à force de tendresse , de tout ce que je lui avais fait souffrir, et , dès le point du jour, je me traînai chez moi en boitant.
Je frappai à ma porte ; personne ne me répondit Je redoublai; toujours même silence. Euphrosyne ne sortait jamais; que pouvait-il lui être arrivé? Mille noirs pressentiments vinrent m'assaillir ; je tremblais de connaître la vérité , et l'incertitude me tuait. Elle pouvait être malade, elle m'entendait peut-être , et n'avait la force ni de venir m'ouvrir, ui même de me répondre. Des secours donnés à propos la sauveraient peut-être encore, et, dans tous les cas, les témoignages tardifs de ma tendresse adouciraient du moins ses derniers instants.
Ne pouvant résister plus long-temps à mon impatience, je fi'Bppai de nouveau ; je dv^vdMÀ V ^wIwvom: la çorte sans y