‹ AnastaseChapitre 292 sur 407 · CHAPITRE TRëNT£-SIXIËII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRëNT£-SIXIËII

Un homme d*uQ esprit élevé peut entrer dans cette carrière sans rougir. Tout en recueillant les fruits de son brigandage, il reconnaît encore certains principes d'honneur; et, quand il est las de courir les dangers auxquels ce genre de vie expose , s'il a été assez heureux pour n'être jamais pris sur le fait , il quitte sans difficulté ce périlleux métier, raconte lui-même ses exploits, emploie l'argent qu'il a gagné à se procurer une occupation plus sûre et moins précaire, et se trouve de niveau avec ceux de ses concitoyens qui , en qualité de chefs et de magis-> trats , ont suivi la même profession , quoique un peu moins ouvertement. La bourse vide , et le cœur ulcéré de chagrins , je crus trouver dans la vie de bandit un remède pour ces deux maux. D'ailleurs elle pouvait me conduire à l'exécution d'un plan que j'avais conçu dès l'instant où j'avais vu la diminution notable de ma fortune. A Bagdad, le trône des anciens califes était occupé par un pacha qui ressemblait à un souverain indépendant plutôt qu'au représentant d'un sultan , et qui disposait lui-même de plusieurs pachaliks inférieurs. Il était sans cesse en guerre avec quelqu'un de ses voisins , et ses vastes domaines offraient une carrière ouverte à l'ambition d'un soldat de fortune. J'avais dessein d'entrer à son service. J^lusieurs des troupes de bandits que l'empire turc a l'avantage de renfermer dans son sein étaient répandues sur les différentes routes qui conduisaient à sa capitale. Je pouvais, chemin faisant, m'associer successivement à quelques-unes d'entre elles , et , dans l'intervalle, marchant en chasseur, mon fusil sur l'épaule, lever solitairement un tribut sur quelques voyageurs, pour charmer l'ennui de la route et fournir aux besoins du voyage.

Je fus pourtant un instant sur le point d'abandonner ce projet pour en suivre un autre. Un Italien, nommé Girico, était comme tombé des nues à Smyrne. Poète improvisateur en apparence, il appartenait réellement à cette propagande politique qui, à cette époque, envoyait des émissaires sur toute la surface du globe. J'avais fait sa connaissance , et je ne pus cacher à ses yeux de lynx l'embarras de mes finances et le trouble de mon esprit. Il résolut de profiter de l'un et de l'autre pour faire de moi un prosélyte.

« Écoutez-moi, » me dit -il d'un ton proçl\él\Q{aft\ ^ VaVrsk^

478 MÉMOIRES D1)N GBHO.

est flrriTé od les monuments cbaitcelafcitSv élevés autrefois par Tignorance, la superstition et la crédulité, vont couvrir la terre de leurs débris. Les drwts héréditaires, les privilèges exclusifs, les distinctions humiliantes^ les titres, les ordres, les armoiries vont cesser dinsulter au bon sens. Déjà, dans plus d*uii royaume , ToeUvre de la régénération est commencée» Des cachots explorés, des prisons d'état renversées, des titres de féodalité livrés aux flammes , un monarque immolé au milieu de sa cour, un autre traîné à Féchafaud par ses propres sujets , ne sont que les premiers fruits offerts sur Tautel de la liberté, dont le temple doit couvrir un jour tout l'univers. Embrassez tin« cause si noble ; enrÔlez^voUs pât*mi les libérateurs du genre humain. Quittez celte terre d*oppnessîon et d'esclavage ; rendeivous sur les rives de la Seine, où Ton a vu luire l'heureuse aurore d'une révolution qui doit renverser tous les trônes ; sur ce grand théâtre, où se réunissent de toutes les parties du %\obé les amis dé l'égalité et les ennemis des rois^ votre rôle est déjà trtarqué. Présentez-vous comme le représentant de la Grèce en deuil ; montrez à fa France des milliers de descendants des Ci^ mon et des Miltiàde qui lèvent vers elle des mains suppliantes^ Vous avez un extérieur avantageux, de vigoureux poumons» la timidité ne met point obstacle au développement de vos moyens; faites - vous faire un costume d'après les dessins de l'inimitable David : prenez du sublime Talma quelques attitudes républicaines , et vous serez acccueilli par la Convention comme le digne descendant d'Harmodius et d'Âristogiion. «

Cette rapsodie me fit rire ; cependant , ci^mé elle flattait mon amour- propre, je consentis à accompagner Cirico à Paris. Mais , avant le jour fixé pour notre départ , il donna une nouvelle preuve de son talent pour l'improvisaiion. îl disparut un beau matin en oubliant de payer son hôte, et en lui emportant, par Suite d'une autre distraction , quelques couverts d'argent. Je laissai donc à la Grèce éplorée le soin de sécher ses larmes; je renonçai au projet de devenir en France un des âpÔtres de la liberté universelle, et j'en revins à mott premier plan, de me rendre à Bagdad, en ne perdant pas mon temps sur la roule.

Je partis , peu lesté de provisions , mais muni d'excellentes Brtiies, et lé premier ^out 4e vm!«v t<s^»||& fût témoin de mon

Page 1