CHAPITRE TRENTE-SIXIÈME
Bagdad, pour qu'il me conduisît en cette ville ; il s*était chargé de me défrayer de toutes dépenses , y compris même les contributions que pourraient exiger les Turcs, les Arabes et les Turcomans ; et , au lieu de traverser le grand désert , où Ton ne pouvait s'attendre qu'à trouver des Bédouins pillards, des vents pestilentiels et des nuages de poussière, nous devions prendre la route plus longue, mais plus agréable, de Moussoul S qu'on me peignit comme une suiie non interrompue de villages populeux et de terres bien cultivées.
Parmi mes compagnons de voyage était un curieux impertinent qui né se donna aucun repos jusqu'à ce qu'il eût découvert quels étaient les projets et la profession de chacun des voyageurs. Quand ce fut mon tour d'être questionné, je lui confiai, sous la promesse solennelle du secret le plus inviolable : que j'étais un médecin déguisé, et que j'avais pris le costume militaire , pour ne pas être assailli de consultations pendant toute la route. Ce secret ne tarda pas à se répandre, et bientôt chacun s'empressa de me faire la cour, et de me consulter mystérieusement sur toutes ses maladies passées , présentes et futures. Un seul Arabe avait le malheur d'être doué d'une si bonne constitution que, malgré son désir de recourir à ma science , il ne trouva pas à tne signaler dans sa personne le moindre symptôme de la plus légère indisposition , et qu'il se vit réduit à me témoigner, en termes pathétiques, tout son regret de perdre une si belle occasion de se faire guérir. Les premiers remèdes que je distribuai furent des pilules de mie de pain et de savon ; mais je reconnus bientôt que c'était un médicament trop doux pour les entrailles rebelles de mes prétendus malades, et je fus obligé de dérober partie d'une balle d'ipécacuanha adressée aux missionnaires de Bagdad, et que je reconnus à l'odeur. En mêlant cette racine avec de la poudre à tirer, je trouvai le moyen de produire beaucoup plus d'effet et de satisfaire mes amis, qui jugeaient delà bonté d'un remède par le plus ou le moins de violence avec laquelle il opérait. Un d'eux, attaqué d'un accès de fièvre, prit un liniment préparé pour un
1. Près de Ninoiieli, l'ancienne Ninive. C'est là qne le consul de France, M. Boua, vient de faire des fouilles qui lui ont Êiit découvrir d'immenses restes d architecture et de sculpture assyrienne des lcm^% \e% tçjVxxs «SkR\«.w** M. Flaadin a été envoyé pour dessiner ces restes précieux.. 1&.
atM!è«t H ttd autre I lâ^MUlémé d'atiè eoliquê, bttt ttkie pblîon AMrtiité^ % gtiérir Ufie foHlarc. Dé pai%ilte6 bugatëltes ne nui- Midit pas \ uta réputation , qui iits ftiisàk qo« s'accroUre tous tes jours I et, lok^sqoe iidos uoâs àri^ifoiis ]e soir dans quelque tiliage, j*é(ais obligé de tâlef te pools de tous les habitants, ileuretisenient nous traversâmes le petit désert , au lieu de suif re les rives du Tigre : cetie drcotlstataee diminua Taffluente des malades) je saisis cette occasion pour déclarera mes compagnons de voyage que je n*étais pas médecin, et aussitôt leurs maladies, dont ils s'étaient crus radicalement guéris, reparurent avec une nouvelle force.
Em foisant une halte entre INissabln et Moussoul, nous rencontrâmes une troupe de Toyageum qui campèrent dans noire voisinage. Nos guides ei les étrangers conversèreiU d'abord ensemble fort tranquillement , mais la conversation finit par s'échauffer, et la querelle devine si bruyante que je crus qu'elle finirait par une bataille. Nous jugeâmes que le parti le plus sage était de ne pas nous en mél^r , et nous nous bornâmes à écouter attentivementb Pendant quelque temps , tout ce que nous pûmes comprendre fut, que nos Arabes avaient parlé en ternies peu respectueux de quelque grand personnage particulièrement honoré par les nouveau^ venus* Enfin nous reconnûmes bientôt que ce pensonnagè n'était rien moins que le diable. Ces voyageurs étaient des ïesidis , secte qui prétend que, Boit que Satan ait perdu ou nt)H les bonnes grâces du ciel, il n'en consiTvc pas moins un très-grand pouvoir, et que par conséquent on lie doit le traiter qu'avec tout le respect possible. Regai dant cmnme prudent de se faire des amis parlout , et œ sachant pas où leur destinée peut les conduire par la suite, ils partagent judicieusement leurs hommages entre les puissances de la lumière et celles des ténèbres. Celle troupe qui habite ordittalrement le. mont Sindjar, se rendait en pèlerinage au tombeau de Scbeik-Adi , patron de leur secte.
Dès que j'eus appris toutes ces circonstances, je m'avançai vers ces braves gens, et je les assurai très-gravement que Sa Majesté infernale avait en nous des sujets plus dévoués que nous ne prétendions l'être en effet , et je les priai de ne pas m'oublier dans les pdôres qu'ils lui adressaient. -