CHAPITRE TROISIÈME
aof^ravant, était comprimé au delà de toute expression, se ranima avec une telle force que , dans mes accès de bravoure , j'avais peine à m'einpêcher de sorlir dos rangs pour aller provoquer à un combat singulier quelque héros de l'armée ennemie, avant même que nos lignes fussent formées ; et, quand la trompette sonna la charge, quand tout le corps de cavalerie partit au grand galop, faisant trembler la terre sous les pieds des chevaux, quand enfin Faction s'engagea, j'étais dans un tel délire que je ne voyais , n'entendais , ne sentais plus rien ; bien moins encore conservais-je la faculté de penser.
Mavroyeni avait eu soin de confier son cafedgi , supérieurement monté, à lin fidèle spahi S qu'il m'enjoignit de ne pas quitter un instant; mais, en ce moment, la voix du ciel même n'aarait pu ni'empêcher de lâcher les rênes à mon esprit guerrier. Le nuage de fumée qui s'éleva bientôt mit en défaut la vigilance de mon gardien, et, le laissant derrière moi, je poussai mon cheval à toute bride, et m'enfonçai dans le plus fort de la mêlée. Là, m'ennuyant d'avoir sans cesse à charger mes pistolets, je tirai mou yatagan % et commençai à frapper d'estoc et de taille , me consolant des méprises que je pouvais faire en songeant que mes coups ne pouvaient tomber que sur des ennemis de la foi chrétienne et sur des oppresseurs des Grecs. Si, d'après ce principe, je blessai quelques-uns de nos gens, trop occupés pour examiner qui leur faisait cette politesse, je compensai cette erreur en fendant la tête de l'Arnaute le plus<faroache qui ait jamais porté das moustaches rousses, à l'instant où il allait faire tomber celle d'un de nos spahis d'un revers de sabre. Ce coup frappé si heureusement, et plus heureusement encore remarqué, me fil beaucoup d'honneur. Mon succès me transporta d'un tel enthousiasme que, me regardant comme invulnérable , j'allais me jeter tête baissée au milieu d'un bataillon d'Arnautes qui disputaient encore le terrain, quand mon » gardien, m'ayant aperçu, vint saisir la bride de mon cheval, et, en dépit de mon désespoir de ne pas voir la fin d'une afi'aire à laquelle j'avais pris une part si active, me força à retourner en
I.' IV)s«essciir tVuu fief uiiliiairc, c( ob!i\;(''> en celle cjualilc, de joiuilio ''<»nnce et de se monter à ses frais.
1 Sabre furr. ^ '
arrière. Au surplus, la déroute des Arnautes fut complète presque au même iuslant; et alors , à la prière de ceux qui avaient été témoins de ma conduite pendant l'action, il consentit à m'abandonner à moi-même. Je partis avec la rapidité d'une flèche lancée par un bras vigoureux, et je donnai la chasse aux ennemis qui fuyaient de toutes parts.
J'avais été au premier rang lors de l'attaque, j'y fus aussi pendant la poursuite. Parmi les Arnautes qui fuyaient devant nous comme les feuilles sèches devant le vent d'automne , je remarquai particulièrement deux chefs, qui cherchaient à gagner un taillis qui leur semblait devoir favoriser leur fuite. Ils n'étaient pas à une très-grande distance, et j'abandonnai ma troupe pour les poursuivre. Heureusement les deux fuyards, dans leur terreur panique , ne songèrent pas à faire volte face pour m'attaquer, dans cet instant où je me trouvais séparé de tous mes compagnons d'armes. Quand je fus à portée , je ûs feu sur eux de ma carabine. L'un d'eux tomba, et l'autre, au lieu de songer à secourir son camarade, n'en courut qu'avec plus èe vitesse.
Ma grande ambition aurait été de faire un prisonnier, de posséder un esclave. Voyant que le blessé ne pouvait se relever, je l'abandonnai à ses réflexions, et continuai à poursuivre l'autre , en lui criant à haute voix de se rendre. Heureusement il ne se retourna point, et ne vit pas que celui qui lui parlait avec tant de hardiesse n'était presque encore qu'un enfant. Il pressa son cheval, s'enfonça dans le taillis, etje ne jugeai pas à propos de l'y suivre.
Je retournai alors près de son compagnon blessé. Il était étendu par terre, sans mouvement, probablement mort; mais, craignant que le coquin ne fût assez rusé pour feindre de ne plus exister , afin de me porter un coup en traître quand je m'approcherais de lui pour le dépouiller, je pris d'abord la précaution de lui briser le crâne d'un coup de pistolet avant de me permettre de prendre avec lui d'autres liberiés. iVi'avançant alors, la main tremblante de joie, je m'emparai d'une paire de beaux pistolets montés en argent, d'un poignard à lame damasquinée, d'un yatagan magnifique, et d'un ceinturon /frodé en or, garni d'agrafes d'argent , et dans lequel je sentis