CHAPITRE TRENTE-SIXIÈME
pris ma guérison; caria langueur qui accablait mon esprit minait aussi peu à peu les forces de mon corps. »
« Et que put-il vous ordonner dans une semblable maladie ? » m'écriai-je; « fut-ce la rhubarbe ou le séné, les émollients ou les toniques ? »>
« Rien de tout cela. Deux cents schalls et autant de balles de 8oie à acheter à Cachemire et à vendre à Smyrne. L'ordonnance soûle me rendit toute ma vigueur. Dès que je commençai à Texéculer , je me sentis renaître comme un poisson qu'on rejette dans Teau après l'en avoir retiré pendant quelque temps, et je retrouvai bientôt mon embonpoint et mes couleurs. »
0 Je vois, » dis-je en secouant la tête, qu'il faut vous ranger parmi les incurables, s
— «. J'en ai grand'peur. J'ai voyagé toute ma vie, et il est probable que je mourrai en voyageant, sur une de ces routes qui m*ont vu tous les ans depuis mon enfance. La Providence le veut sans doute ainsi , et je ne murmure pas de cette disposition. Je lui dois un plaisir que je ne pourrais goûter autrement. Je ne parle |)as de celui de voir des mœurs et des coutumes différentes , ce sont des choses dont les Arméniens ne s'inquiètent guère ; mais, quand je suis en voyage, il me semble que tous ceux que j'ai laissés chez moi sont des anges, et je ne reste jamais assez long-temps à la inaison pour me détromper. »
Ce discours de iMallim-Moursa me donna beaucoup à penser. Si l'habitude d'une vie errante s'était si profondément enracinée chez un Arménien possesseur d'une bonne maison et d'une fortune considérable, quel effet ne devait-elle pas produire sur un homme qui, comme moi, n'avait pas un abri sous lequel il pût reposer sa tête, et qui, comme les sables du désert, avait toujours été poussé au gré des vents , de place en place , de climat en climat ! Je pris la ferme résolution de me fixer d'une manière stable à la première occasion. J'avais déjà dans mon petit Alexis une étoile polaire vers laquelle se dirigeaient toutes mes pensées, tous mes désirs , un aimant dont je sentais l'attraction, même quand je voguais dans une direction opposée. Je l'aurais quelque jour près de moi, je veillerais à son éducation, j'en ferais le seul objet de tous mes soins. Mais, pour exécuter ce projet^ il me fallait un domicile , àe \^ tocv\xvk^\ ^v. ^
pour acquérir ce dorincile et cotte fortune^ il follait bteii^ quant à présent, continuer à métier une vie errante.