CHAPITRE TRENTE-SRPTTÈME
Mecque. La vengeance Fanirnait contre le Chef de cette sainte cité , et sa cupidité en convoitait les richesses. Mais, dans une ville où chacun vivait de ce qu'il venait pour détruire , il ne trouva que peu d*amis disposés à le seconder. Ce ne fut qu'à la fin de la troisième campagne qu'il arriva eu vue de la forteresse de Tayif , située sur une haute montagne à peu de dis< tance de la Mecque; et, avant qu'il eût pu l'assiéger, la mort du chef spirituel, de Mullah-Mohammed, qui avait vécu près d'un siècle, jeta la confusion parmi les Wahabites, et les força à retournera Derayeh.
Le schérif de la Mecque , jugeant cet instant favorable pour prendre l'offensive, poursuivit ses ennemis jusque sur leur territoire; mais ceux>ci, faisant tout à coup volte-face, l'attendirent de pied> ferme , et le défirent si complètement qu'à peine put-il regagner sa capitale.
La Porte sortit alors de sa léthargie, et commença à s'alarmer du succès de ces sectaires. Le sultan chargea le pacha de Bagdad de pourvoir à la défense de la sainte cité, et celui-ci transmit cet ordre à ses vassaux ^ les scheïcks arabes de Montefih et d'£l-Hassa. Ces deux chefs se préparèrent aussitôt à obéir ; mais le scheïck de Montefih fut assassiné dans sa propre tente par un Wahabite déguisé ; et celui d'£l-Hassa, après une campagne désastreuse, vit tomber sa capitale au pouvoir de l'ennemi victorieux, qjii prit Sobier d'assaut, fit trembler Bassora, et menaça Meschid-Aly.
Le kiaya de Soliman se décida enfin à marcher en personne. En 1793 , l'année qui précéda mon arrivée à Bagdad , il avait forcé Abd-oul-aziz à évacuer toutes ses conquêtes , et ce chef était rentré à Derayed chargé d'un butin immense. La consierrnation n'en régnait pas moins à Bagdad ; car la doctrine des Wahabites s'étendait alors sur presque toute l'Arabie au nord de l'Yémen, et comptait même de nombreux partisans dans la tribu de Montefih , qui avait été regardée jusqu'alors comme le principal boulevard de l'empire ottd^an cofitre les progrès de ces sectaires. Il est vrai qu'on cherchait à déguiser ces craintes en se demandant ce que pouvait faire une horde indisciplinée et mal armée contre des troupes régulières et des places fortifiées; mais les gens plus sensés seiWateuX. ç\u'\wv %\y^^^^
498 MÉMOIRES D'UN ORECé
momeiUtné ûe pôfivâit mettre à l'âbri de nou^dles entreprises uaeflipire chancelant sur sa base, et plus partlculièrenient une vaste province ouverte de toutes parts i ils jugeaient avec raison qu'une milice énervée par le luxe et l'oisiveté ne saurait com^ battre avecavantagt contré cette race d'homnnes qui joignaient uiie âtne de feu à un corps de bronze ; qui habitaient au centre d'un désert inaccessible, où ils avaient appris h supporter sans peine la chaleur, la soif^ la faim ; qdi faisaient rapidement de ^ longues marches qu'aotune autre troupe ne pouvait lès suivre; qu*on voyait tomber avec l'impétuosité d'un ouragan sur le^ points les plus éloignes de ceux Où l'on s'attendait à les rencontrer ; qui^ au moindre revers^ avaient derrière ettx leurs immenses déserts de sable ouverts pour les recevoir, sans qu'il fût possible de les y poursuivre ; dont l'obéissance à leurs chefe» en tout ce qui concernait les intérêts de leur foi^ ne connaissait aucunes bornes, tandis que leur courage et leur mépris de la mort étaient nourris par un fanatisme auquel on ne pouvait comparer le zèle religieux des TurcSi usé depuis long-^temps; enfin qui, dans toutes leurs expéditions, étaient également animés par l'enthousiasme de la religion et par l'espérance du pillage. Des gens timides prétendaient même qu'au milieu de Bagdad, et en plein jour, on avait vu des Wahabites» prenant à peine le soin de se déguiser» marquer les maisons dont leur vengeance ou leur cupidité méditait la destruction^
Cependant Achmet se préparait à employer le loisir que lui laissait la retraite momentanée de ces sectaires à une expédition contre le district de Kara-Djoulan, dépendant dii paobaiik dé Bagdad, et habité par des Kourdes. Les habitants avaient, de leur propre autorité, choisi pour gouverneur un de leurs concitoyens; et ce chef voulait obtenir du pachaf , par la force des armes , la confirmation de sa nouvelle dignité.
J'offris de lever un corps de dellis pour cette expédition, et ma proposition fut acceptée. Sachant que la célérité est l'âme de la guerre, je ne m'arrêtai pas beaucoup à l'âge ni à la taille pour le choix de mes recrues ; et , quand mon bairak ^ fut complet, j'eus la satisfaction de voir qu'il offrait, sous ces deux rapports, la plus agréable variété : mais le courage ne se calcule 1. fliSjfinicit.