‹ AnastaseChapitre 305 sur 407 · CHAPITRE TRENTEiSBPtIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTEiSBPtIÈME

pAS sur la force corporelle ni sur k nombre des annSBs, J'étais prêt à reeeToir les ordr^ du kiaya long-^temps ai^nt que ce chef renomaié eât acfaeTé toutes ses dispositions.

La confusion des langues semble encore régner à Bagdad, coisime lors de la construction de la tour de Babel. Turcs, Persansi Indiens, Juife, Égyptiens^ Grecs et Arabes semblaient se dilater ^ dans leurs différents dialectes, à qui crierait plus haut que les autres. J'y retrouvai, sur la place du marché, le ventre rdbondi et la face rubiconde de Mallim-Moursa. il revit avec plaisir son smoien compagnon de voyage, et me fit ftire la con^ naissance de quelques négociants d*fspahan, qui avaient quitté leur patrie par suite des dissénsiotis qu*y avaient occasionnées Téiévation de i*eunuque' Aga-Mohammed, ils étaient Schiiteé, et, par conséquent , devaient faire horreur à un vrai Sunnite ; car non seulement ils soutenaient qu'Aly, et non Aboubekeri était le véritable suCces^ur de Mahomet, mais ils ne se faisaient pas scrupule d'avUir des livres de poésie décorés de jolies pe^ tites figures humaines en miniature ; ce qui était bien fait pour scandaliser au dernier point tous les vrais croyants.

Malgré le relâchement de leur morale, je ne pus m^empé-^ cher de trouver agréable la société de mes Persans : c'étaient les premiers négociants que j'eusse vus joindre les agréments de la littérature aux idées rétrécies et servîtes du comiÉierce. Un d'entre eux surtout ^ nommé Abou^-Riia « avait lui*-méme du talent pour la poésie. Il savait saisir Tà-propos, et ses im^ promptus sur les événements du jour étaient placés par ses amis bien au-dessus de toutes les productions d'Hafîz et de Ferdousi ^ les deux plus célèbres poètes de la Perse. Il éprouvait fréquemment des accès d'inspiration, quand notre ^îociété peu nombreuse se trouvait réunie dans une petite chambre située sur lé derrière d'un certain café, où l'on nous vendait cette liqueur vermeille qui , dans tous les temps , a été douée du pouvoir d'animer la verve poétique. Ses yeux brillaient alors d'un feu ^surnaturel, et ses lèvres débitaient autant de tirades éloquentes qu'elles vidaient de coupes du nectar qui l'inspirait.

un certain soir , Abou*Rixa avait un air si grave et si isolenuel que nous ne pouvions concevoir quel aeraiK U» t^sàvsiva^.

500 MtMOIRES D'UN GREC.

sublime d'ane aassi profonde méditation. Il ne noos tint pas long-temps en suspens. Frappant, pour obtenir silence, sarla bouteille autour de laquelle nous étions rangés : « Perse infortunée, » s*écria d'une voix sonore le négociant poète, « revêtstoi d'une robe de deuil ; la perle de Tempire, Ispaban , cette dté jadis si fière et si populeuse , a perdu tous ses cbarmes aux yeux de son maître ; ses dômes majestueux ont vu la maio cruelle du temps détacher leurs ceintures d'or et d'azur; ses fontaines ne versent plus leur cristal liquide que pour les oiseaux lugubres de la nuit ; ses bosquets sont devenus le repaire des animaux sauvages; le roi des rois n'accorde plus la faveur de ses regards à la noble matrone couverte d'une robe d'or ; ses yeux ne s'ouvrent plus que pour la jeune beauté couronnée de roses; et l'élégante Schiraz, une coupe de vin exquis à la main , l'a reçue dans son sein. Ce fut alors que le trouble et la confusion, rompant toutes leurs digues, firent couler des torrents de sang ; que le tourbillon effrayant de la guerre déracina le trône éclatant des sopbis , à peine établi dans le sud , et porta sur des ailes de fer le dais impérial dans les régions glacées du nord; que le tapis royal, garni de pierres précieuses, ne s'étendit plus sur des lits de violettes, mais sur des couches de glace; que les démons des ténèbres vinrent travailler à la destruction de l'empire chancelant de Dgemschid; que l'ombre menaçante du descendant de Demawend couvrit le front du souverain et en éclipsa l'ancienne sérénité; que les nuages même réfléchirent les ruisseaux de sang qui couvraient la surface de la terre; ce fut alors qu'au milieu du silence de la consternation, on n'entendit plus, parmi les enfants du soleil devenus orphelins, que les gémissements de la douleur et les cris impuissants du désespoir ^ ! a

Âbou-Riza s'arrêta en ce moment , soit pour reprendre haleine, soit plutôt pour jouir de notre admiration et recevoir nos applaudissements. Mais h l'instant même une escouade de démons des ténèbres , sous la forme de soldats du pacha , se présenta devant nous. Ils étaient chargés de nous loger en lien

1. Abou-Riza parait faire alliision ici à la translation du sié{>e de Tempire persan d'ispahan à Schiiaz, et de Schiraz à Téhéran, et aux troubles qui agitèrent ce payi à ceiin î'pocyue.

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