CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME
de sûreté, comme ayant attiré rattentioii de la police par nos conciliabules secrets , qui nous faisaient soupçonner d'être des conspirateurs contre Tétaf. Le ton déclamatoire d*Abou-Riza les avait engagés à s'arrêter à la porte pour écouter , et, moins ils avaient compris le sujet de son inspiration poétique, sublime sans doute , quoiqu'un peu obscure , plus ils avaient cru y trouver une preuve du but criminel de noire réunion. Il était bien évident , disaient-ils, que l'ombre de Demawend désignait le kiaya du pacha, au nom duquel ils venaient nous arrêter, et que nous étions l'ouragan qui devait le renverser, si l'on n'y mettait ordre ; ce qui fut fait en nous jetant dans un cachot où nous nous trouvâmes fort mal à l'aise, malgré l'assurance que nous donna Abou-Riza, que nous ne devions pas craindre la mort, attendu qu'il avait fait d'avance une épitaphe qui ferait passer chacun de nous à la postérité.
J'étais la cause innocente de cette entreprise sur notre liberté , et un descendant des tribus d'Israël en était le secret instigateur. Autrefois chef des douanes de Bassora, le juif Abdalla avait perdu cette place sur quelques plaintes de la factorerie anglaise. Cette disgrâce ne l'avait pas empêché de devenir à Bagdad, non-seulement le séraiï, mais le principal conseiller du kiaya, dont il dirigeait entièrement toutes le$ opérations financières. Ayant laissé à Bassora sa femme ainsi que son emploi, il avait meublé à neuf son harem à Bagdad. On prétendait qu'en honneur de la fleur naissante de la tribu de Juda, dont il avait orné son nouveau domicile, il s'abstenait de toute usure trois jours par semaine, y compris à la vérité celui du sabbat. Une si^grande preuve d'amour ne lui avait pourtant rapporté que peu de profit. La séduisante SaVa ne le dédommageait guère d'un tel sacrifice; car, tandis que son mari passait la matinée avec Achmet , elle recevait dans sa solitude les consolations de l'un ou de l'autre des officiers du kiaya. Ayant eu besoin de quelques avances pour lever et équiper mon bairak, j'avais fait plusieurs visites au trésorier. L'aimable Sara , de sa fenêtre grillée , m'avait vu entrer dan$ le serdar ^ de son mari , et elle prétendit m'indemniser par une conduite vraiment généreuse des extorsions auxc^ueUes