CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME
ment de recevoir la paye d*un mois de mon corps de deilis , et j*aYais fait venir mon cheval à un endroit désigné. Je m*y rendis sans relard, sautai en selle, et, faisant mentalement mes adieux à mon bairak, qui était sous les armes à m'altendre, j'empruntai sa solde pour subvenir à mes frais de voyapie, et je partis au grand galop. Je rencontrai dans le faubourg une troupe de barbiers qui se rendaient processionnellement à Madain pour faire leurs dévotions sur le tombeau de leur patron , le barbier du prophète ; je passai le pont, traversai les faubourgs, et, sortant par la porte extérieure, je pris la route d'Hillah ^
Séparée en deux parties par TEuphrate, el entourée de char^ mants jardins, cette ville aurait invité un voyageur moins pressé à s'y reposer; mais je craignis le& relations fréquentes qu'elle a avec Bagdad, et je ne m'arrêtai qu'à Kélif, où je pris quelques heures de repos. Quittant alors le lieu de sépulture du prophète Ezéchiel, je pris le chemin de celui où reposent les cendres du neveu de Mahomet. Un vaste désert sépare ces deux sanctuaires, et je donnai peu de bénédictions aux âmes pieuses qui y ont construit cinquante chapelles et pas un seul kbani. J'étais complètement épuisé de lassitude; et mon fidèle coursier, qui, jusque-là, m'avait porté avec la rapidité du vent, et dont les traces s'apercevaient à peine sur le sable, semblait encore plus fatigué. Il fallut ralentir ma marche; et ce ne fut qu'après plusieurs heures que je vis briller un point lumineux à l'horizon, tel que le phare que le marin aperçoit pendant la nuit sur le vaste océan : c'était la coupole dorée du tombeau d'Âly, qui sur sa surface brunie réfléchissait les derniers rayons du soleil. Cette lueur brillante qui étincelait dans le désert et qui, au milieu de ces mornes solitudes, désignait le séjour habité par des hommes, releva un peu mon courage abattu. J'en étais encore bien loin; mais je savais que là devaient se terminer mes fatigues. Mon cheval même sembla se ranimer à celte vue ; il secoua sa crinière, dressa les oreilles, hennit, et, tournant ses naseaux ouverts avec bonheur vers le lieu d'où semblait souffler pour lui l'annonce d'un soulagement certain, il fit de nouveaux efforts pour atteindre au but si désiré. Je caressai son beau cou avec reconnaissance, et, pendant tout le reste de mon voyage,