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CHAPITRE XXXVIII

Anastasc visite les Bédoirins — Lear existeuce entre le pacha de Bagdad et les Wahahites. — Aiiastase traverse divers campemeots de Bédouins chQrf,é de Id conduite d'une précieuse jument arabe. *-< Le samiel ou simoun dans le désert.

Des clameurs effrayantes m'éveillèrent plus tôt que ne l'aurait désiré un homme fatigué qui s'était couché fort tard. Je crus que Mesched-Aly était en feu, ou que les Wahahites l'attaquaient ; mais , en me levant, je reconnus que ce bruit était occasionné par une troupe de schiites et de sunnites , assemblés autour du tombeau du saint auquel la ville est consacrée, chaque secte hurlant en prononçant ses oraisons pour tâcher de couvrir la voix de l'autre. Les habitants de i>Iesched-Aly sont sunnites, mais ils tirent des pèlerins schiites leurs principaux moyens d'existence. Ayant ainsi besoin les uns des autres, ils n'ont guère de querelle dans 1 intérieur ; et la seule preuve d'inimitié que se donnent les deux partis, c'ea de beugler ù pleine gorge ^ les sunnites « Omar ! » lejs schiites a Aly ! » jusqu'à ce que la voix leur manque également à tous.

Parmi les étrangers qui, comme moi, accoururent à ces cris, j'en reconnus quelques-uhs que j'étais sûr d'avoir laissés à Bagdad. Cette découverte me fit prendre la résolution de quitter tout à fait la juridiction de Soliman, et d'entrer dans les domaines presque au^si considérables du puissant scheick arabe de Montefih, dont l'autorité s'étend bien loin le long des bords de l'Euphrate et du Schat-el-Arab. Je partis donc sur-le-champ, et je m'enfonçai de nouveau dans le désert.

Tournant l'extrémité occidentale de la plaine aride du Nedjed, je marchais sans trop saN-oir si je suivais une direction convenable; mais j'avais la certitude que je ne pouvais manquer de rencontrer des tribus arabes, et je me proposais d'aller de ka- ^ bile en kabile ^ jusqu'à ce que j'arrivasse sur les terres des Wahabites. Un vieil abbah couvrait mes vêtements turcs; j'avais

1, PclÎKî tribu, (^esl coque II. Muniaiicr, d.ujs sa chronique, ap|-el!e du nom de j;al»elle. B.

suspendu à ma selle d'un côté un petit sac de riz, et de Tautrc une outre remplie d'eau ; la terre m'offrait un lit et le ciel sa voûte étoilée ; et, pour le reste, je m'en rapportais à mes pistolets et à la Providence , ne doutant pas d'atteindre promptenient un campement de Bédouins où je pourrais réclamer hos< pilalité et protection.

Me voyant alors hors de la portée de mes ennemis, je me trouvai le cœur plus léger, la respiration plus libre. J'errais avec une sorte de plaisir dans ce vaste désert , qui n'offrait pas de sentiers mieux tracés qu'on n'en voit sur la surface de l'Océan, et où je cherchais à me guider, le jour par le cours du soleil, et la nuit par les constellations qui le remplaçaient. «Ici,* pensai-jc , « se termine le domaine de l'homme civilisé , de cet homme dont le vernis extérieur ne sert qu'à cacher un coeur d'autant plus dur et plus corrompu qu'il a fait plus de progrès dans la civilisation. Ici l'on n'a pas sans cesse devant les yeux la cralute du poison , du poignard ou du cordon. Le nom d'un sultan ne sanctionne pas des mesures auxquelles il n'a jamais songé; l'ombre d'un vizir n'y poursuit pas les hommes que son bras ne peut atteindre ; on ne doit pas obéissance à un souverain qu'on n'a jamais vu; on n'est pas tenu d'exécuter des lois dont on n'a jamais entendu parler. Ici je puis me regarder comme le maître de tout ce qui m'entoure , et parcourir à mon gré ces plaines immenses , aussi libre que l'air que jo respire. »

En ce moment un Bédouin , sortant tout à coup de derrière un petit monticule, courut sur moi la lance en avant, et, m*ordonnant de m'arrêter, interrompit assez désagréablement mon soliloque sur les agréments du désert. Il me montra, à quelque distance, des tentes de peaux de chèvres, que je n'avais pas aperçues, et me fit entendre très-clairement qu'il fallait, volontairement ou non, que je l'y suivisse. Adieu donc la liberté dont je m'applaudissails un instant auparavant, car la résistance eût été liije entreprise téméraire. Dans cette idée, je résolus de chercher à me faire un ami de mon Bédouin avant qu'il eût eu le temps de me traiter en ennemi. Sautant à bas de mon cheval, je jetai mes pistolets par terre, et, réclamant son hospitalité, je saisis sa ceiiilure. Désw:\\\^ ^w çfc\. ^Ov& da ^umission, il prit

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