CHAPITRE TRElNTEHUITIÈME
de bon goût de combiner les caraclères grecs avec la phraséologie persane. Mais , si cela vous déplaît , rendez-moi la lellre et j'en ferai une autre. »
t Non , non I » s*écria le vieux scheïck , « celle-ci nous a déjà donné assez d'embarras. Si elle n'est pas très- intelligible. Dieu est grand! mes présents lui serviront d'explication. » A ces mots, il trempa son sceau dans l'encre , et l'imprima sur le papier. La lettre fut ensuite roulée , enveloppée dans une étoffe précieuse , qui fut cousue par les propres mains de Zeïneb , et enûn confiée à mes soins.
Le mouton gras fumait déjà dans un énorme plat de bois. Tous les chefs du camp invités au festin s'étaient réunis dans la tente du scheïck. Une foule de convives d'un ordre inférieur y arrivèrent aussi sans être invités. Aucun d'eux ne fut refusé; ceux qui étaient rassasiés faisaient place à d'autres, et ce flux et reflux d'allants et de venants ne cessa que lorsqu'il ne resta que les os.
Il fut alors question de mon départ Pour mettre en défaut l'œil perçant des maraudeurs , je cachai mes traits grecs , suivant l'usage du pays , sous un mouchoir rayé dont me fit présent la belle Zeïneb. On amena les chevaux, et mes guides se mirent en selle.
« Ces fidèles serviteurs, » me dit iMansour, « vous conduiront, par la route la plus courte et la plus sûre, jusqu'au camp de mon voisin le scheïck de Schoreïfath.Ën vous présentant à lui de ma part , vous en serez bien reçu ; et , quand vous le quitterez, il vous donnera une nouvelle escorte. Vous irez ainsi d'un camp à l'autre jusqu'à Derayeh. Vous pourrez pourtant trouver quelques passages dangereux ; tous les kabiles ne sont pas également bien disposés; il en est même qu'on ne peut rencontrer sans avoir à combattre. Prenez donc des renseigne* menfs partout , et soyez toujours prêt à éviter l'ennemi ou à lui résister. Mais mon ami Nasser, éiant plus avancé que moi dans le désert, vous donnera sur ce point des renseignements plus exacts. » Il me chargea ensuite, d'exprimer à Abd-oul-Aziz son entier dévouement à sa cause, et de lui dire combien Jl regrettait d'être placé de manière à ne pouvoir lui en donner d'autres preuves que de n'accorder à Soliman c\iie les secQVM:^&
qu'il lui était impossible de lui refuser. Il me (int lui-même Tétricr pour m*aider à monter à cheval , et me recommanda de nouveau à mes guides en me faisant ses adieux. Je partis à Tiustant où le soleil quittait Thorizon , suivi de mes Arabes , dont l'un conduisait en lesse la belle jument, et d'un chameaa chargé des autres présents.
Le mois de mars ne faisait que commencer, et la chaleur était supportable , excepté en plein midi. Le tapis verdoyant du désert composé d'herbes aromatiques, froissé sous les pieds des chevaux , répandait |)endant la nuit un parfum délicieux, qu'one foule d'arbrisseaux en pleine fleur rendaient encore plus agréable. Le matin , nous vîmes devant nous , aussi loin que la vue pouvait s'étendre , un si brillant rideau d'écarlate et de pourpre, formé par une immense quantité d'anémones et de narcisses sauvages, que la première teinte de rose dont se para l'aurore n'en semblait que la pâle réflexion sur l'azur du flrmament. Partout nos montures trouvaient d'excellente pâture , et le lait de nos chameaux avait la saveur de l'ambroisie.
Deux courtes journées et demi de voyage nous conduisirent, sans mauvaise rencontre , au camp de Nasser. Il est bien vrai que de temps en temps nous apercevions un Bédouin solitaire qui, comme un milan dans les airs, semblait guetter quelque proie ; mais aucun ne s'appi*ocha de nous , si ce n'est une petite troupe qui , ayant reconnu les Arabes de Mansour, nous Gt le salut de paix et s'éloigna aussitôt.
Je trouvai chez Nasser la même hospitalité que chez Man^ sour; il était moins prodigue de paroles, moins démonstratif, mais sa franchise ne connaissait aucune réserve. Tout en lai et autour de lui sentait plus fortement la liberté du désert U femme de Mansour s'était à peine laissé apercevoir. Non-seulement colle de Nasser se montra à mes yeux , le visage découvert, mais elle examina mes traits et mes vêtements avec beaucoup d'attention. Un homme venu de l'occident était sans doute une nouveauté pour elle, et elle poussa la curiosité à un tel point que son mari , à ma grande satisfaction , jugea à propos d'y mettre des bornes en lui ordonnant de se retirer. Bien m'en prit, car un à un tous mes vêtements fussent tombés. Elle obéit , mais ce ne luv ^^^ ^w% murmurer , et j'entendis