‹ AnastaseChapitre 318 sur 407 · CHAPITRE TRKMTK-NEUVIÊME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRKMTK-NEUVIÊME

en bonne intelligence; l'aigreur s'était mêlée dans leur discussion ; je me croyais certain qu'il était question de moi. Il s'agissait donc de moix arriver, de mrs projets, qui inspiraient sans doute des soupçons; et il était clair que i*uu des deux scheïcks se déclarait mon ennemi et que l'autre était mon avocat. Ma discrétion ne put y tenir plus long-temps ; je me mé!ai parmi la fouie qui joignait ses cris à ceux des deux chefs, et les pre* iniers mots que j'entendis distinctement prononcer par Abd oul* Aziz furent : a 11 est juste qu'il périsse, »

La foudre tombant à mes pieds ne m'aurait pas étourdi davantage : la fuite était impossible au milieu du groupe nom* breux dont j'étais entouré, et qui grossissait à chaque instant. Je résolus donc de faire bonne contenance et de braver un péril que je ne pouvais éviter. Les yeux perçants d'Abd-oui- Aziz se promenaient sur toute l'assemblée, comme s'il eût cherché le coupable contre lequel il venait de prononcer cette sentence ; ils rencontrèrent les miens, et se fixèrent aussitôt surmoi. 0 C'est fait de moi ! » pensai-je alors ; et, pour ajouter à ma consternation, j'entendis un Arabe qui était à côté de moi dire à son voisin qu'il n'y avait pas de merci k espérer.

« Pauvre Omar ! • s'écria celui-ci ; » rien ne pourra donc le sauver ! •

Ce peu de mots déchargèrent mes épaules d'an fardeau bien pesant. Mou cœur se dilata, mes poumons reprirent leurs fonctions, et mon sang circula plus librement. Honteux des craintes que j'avais conçues, j 'affectai, pour les cacher, de redresser la tête avec un air de fierté; j'aurais voulu, dans ce moment, pouvoir me faire remarquer an-dessus de tout ce qui m'entourait.

« Quel est cet Omar qui excite tant d'intérêt 7 » demandai-je à celui qui venait de parler. ^

tt L'honneur de sa tribu , la fleur de sa famille, l'orgueil de ses parents, » me répondit-il en essuyant quelques larmes.

« £t sont- ce là les crimes qui le condamnent à une mort inévitable ? »

« Gela n'est que trop certain. Sa libéralité avait excité la haine du féroce Mouktar qui, ne songeant qu'à entasser richesses sur richesses, ne voulut jamais eu ûiire part à pfTsonnc. JlnfiiMluvait pardonner à Omar, dont ia. richesse n'égalait pas

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la sienne, d'être plus généreux et plus respecté que lui : U l'îo* sultait en toute occasion ; il le?a même sa lame contre lui, et ce fut en défendant sa vie qu*Omar mit fin à celle de son ennemi. Craignant le ressentiment de la famille paissante de Mouktar, il prit le parti de se cacher. Ne poavant Tatteindre, elle jura de faire tomber sa vengeance sur tous les parents d*Omar. Cependant celte résolution ne fut pas de longue durée: les parents de Mouktar consentirent, moyennant une somme d'argent, à conclure la paix avec ceux d'Omar; quant à lui personnellement, il fut impossible de le faire comprendre dans le traité , et sa perte fut jurée si jamais il reparaissait. Ibn-Aly, le jeune scheîck que vous voyez , parent lui-même d'Omar, est venu solliciter notre chef d'interposer son autorité dans cette affaire; mais que peut faire Abd-oul-Aziz7 Quoique Mouktar fût son vassal, il n'a pas le droit de forcer les parents du défunt à renoncera leur vengeance. Le sang peut seul laver le sang. Vous les voyez rangés derrière lui, hurlant comme des tigres irrités , et jetant des regards de rage sur les amis d'Aly, placés derrière leur scheîck. ^Ne dirait-on pas que ces deux troupes n'attendent qu'un signai pour s'attaquer, se dé* chirer , se dévorer avec la. fureur des animaux féroces du dé^ sert? »

« Omar a encouru la peine capitale , » dit alors Abd-oul- Aziz; «et, tant qu'il restera caché, cette peine ne peut être commuée. S'il a quelques raisons à faire valoir pour sa défense, qu'il se présente et qu'il plaide sa cause. S'il ne peut prouver son innocence, qu'il se soumette au sort qu'il a mérité; en un mot, qu'il fasse en sorte de devoir la vie, qu'il a mérité de perdre, à la générosité de ses ennemis , et non à l'impuissance de Icurcessentiment. •

— « Je vous entends , » répondit le jeune scheîck avec un sourire amer : « il faut qu'Omar, séduit par une fausse espérance de pardon , se présente h ses ennemis pour leur faciliter les moyens de goûter les plaisirs de la vengeance , pour découvrir sa poitrine à leurs poignards. »

Abd-oul-Aziz jeta sur lui un regard de colère; mais, reprenant sqr-le-champ son sang-froid : « Je suis convaincu , » dit-il , « que les parents du défunt garantiront la sûreté do

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meurtrier, non-seulement pendant qu'il chercherait à se justifier, mais même jusqu'à ce qu'on l*eût reconduit hors de ce district, après avoir entendu sa défense. »

« Oui, oui I » s'écrièrent plusieurs voix partant du groupe de la famille de Mouktar. £t je regardais ces mois comme un premier symptôme de leur retour à des sentiments plus humains; mais quel fut l'étonnement général quand , du milieu de la suite d'Aly, on vit sortir Omar lui-même. Ce noble jeune homme supportait avec impatience un déguisement qu'il n'avait accepté que par égard pour les désirs de ses parents, et cix)yait qu'il n'avait besoin que de faire connaître la vérité pour convaincre de son innocence même les amis les plus ardents de Mouktar ; mais il comptait sur la justice, et il oubliait que, chez ses concitoyens, la soif de la vengeance en fait oublier la voix. Quand le frère du défunt vit devant ses yeux celui qu'il avait si long-temps inutilement cherché , il ne put contenir sa fureur. Tirant son poignard , il s'élança sur lui comme un tigre sur sa proie, et lui fit une blessure profonde au côté avant que personne de la suite d'Aly eût eu le temps de l'arrêter.

Le chef des Wahabites se leva aussitôt; et, déchirant ses vête* ments : a Parents de Mouktar, » s'écria-t-il , « qu'avez-vous fait ? Sous mes propres yeux, au milieu de ma cour, vous avez manqué à une parole solennelle, et vous vous êtes souillés d'un parjure qui déshonore toute la tribu. Arabes! Arabes! jamais le temps n'effacera cette tache honteuse. » — « Nous n'avions donné cette parole, o répondit hardiment le frère de Mouktar, que dans la supposition qu'aucun des parents du meurtrier ne connaissait sa retraite; et cependant il était caché dans. leurs rangs, il bravait ici même notre juste ressentiment. »

— a Et qu'importe ! » reprit Abd-oul-Aziz, « c'est à moi qu'a été remis le droit de faire justice, et vous savez tous comment j'ai usé de ce dépôt. Parlez, amis et ennemis d'Omar, ai-je montré ici une injuste partialité? Mais vous, vous avez brisé votre parole, foulé aux pieds votre engagement. Si Omar meurt, le meurtre aura été payé par le niieurtre , et votre propre sang aura à expier le sang que vous avez versé. » Omar entendit ces paroles ; quoique épuisé par le sang qu'il perdait, il demanda & .profiter du peu d'instants qu'il avait encore à vivre pour faire

connatlre son innocence. Le chef des Wahabites lui permit de s'expliquer, et imposa le plus profond silence.

Soutenu par deux de ses proches parents, Omar s'avança vers lui ; et, en peu de mots, prononcés d*une voix faible, il démontra clairement les insultes nombreuses que Mouktar lui avait faites, la patience qu'il y avait opposée, et prouva qu'attaque par lui, ce n'était qu'en se défendant qu'il lui avait donné la mort. Presque tous ceux qui l'entendirent non-seulement le jngi'^rent tout à fait innocent, mais ils pensèrent même que sa conduite méritait des éloges.

Abd-oul-Aziz ne partagea pas cette manière de penser , soit qu'il fût entraîné par un zèle trop ardent pour la justice, soit qu'un secret penchant le portât Si favoriser sa propre tribu. « Omar, » lui dit-il, « vous m'avez foncé h prononcer une sentence; mais, en le faisant, je ne puis m'écarter de ce que prescrivent nos lois. Vous êtes sans doute digne de compassion; cependant il m'est impossible de dire que vous avez le droit d'obtenir votre pardon : ce mot ne peut sortir de mes lèvres. »

Se tournant alors vers les parents du défunt : « Parents de Mouktar, » dit-il, «je vous livre la victime qui vous est due. Si votre vengeance n'est pas satisfaite du sang qu'elle a déjà versé , achevez votre ouvrage , plongez vos poignards dans le cœur du coupable , et assurez vous qu'il ne pourra survivre à la blessure qu'il a reçue. »

Tandis qu'il pariait ainsi, Omar était tombé sur la terre privé de tout sentiment. Ses amis poussèrent de profonds gémissements;* et le frère de Mouktar, montrant une joie féroce, levait déjà son poignard ensanglanté pour en percer de nouveau le sein d'un malheureux qui semblait n'avoir que quelques instants à vivre, quand Abd-oui-Aziz, lui retenant le bras, s'écria: «Écoutez-moi encore! J'ai rempli mon devoir comme juge, maintenant je vais vous parler comme ministre du Très-Haut, comme apôtre de la seule foi dont la pureté soit sans tache. L'acte que je suis forcé de permettre va perpétuer la haine entre deux familles puissantes; l'œuvre de la vengeance ne s'arrêtera qu'après avoir épuisé tout le sang de l'une d'elles. Je donne donc ma malédiction à quiconque attirera le malheur ■r sa patrie. Maudite soit la maia qui tranchera le ûl d'une

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