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CHAPITRE TROISIÈME

de bien des gens. Il paya comptant la mienne avec une poignée de sequins * , et en me les donnant il me dit : a Vous êtes un brave garçon ; et, si vous voulez devenir un vrai croyant, vous pouvez compter sur moi pour votre avancement. »

A cette offre flatteuse , mon cœur s'élança sur mes lèvres , et j'étais prêt à répondre : « Musulman , païen , tout ce qu'il vous plaira. » Mais un regard de mon maître me retint. J'y lus une défense positive, et je n'osai lui désobéir. Me prosternant devant Hassan , je le suppliai d'ordonner à son esclave tout ce qu'il voudrait, excepté de renoncer à sa foi. Cette conduite eut le bonheur de ne pas m'attirer le mécontentement du pacha, de plaire à son drogman et de me gagner entièrement le cœur d'un Deveu de Mavroyeni, nommé Stéphan, qui était chargé de toutes les affaires de son oncle, et qui passait pour tenir en beaucoup meilleur ordre que lui son compte courant entre ce monde et l'autre, car Mavroyeni n'avait pas la réputation d'être très-religieux; aussi ne pus-je m'empêcher de lui demander humblement « pourquoi il avait empêché son fidèle serviteur de marcher à la fortune ? »

« Vous êtes un fou , » me répondit-il , « je ne vous ai empêché que de courir à votre ruine. Si vous eussiez accepté la proposition du grand-amiral , vous auriez été nommé sur-lechamp à quelque grade inférieur où on vous aurait laissé végéter le reste de votre vie. Votre première promotion aurait été la dernière. Méprisé par les Turcs , fui par les Grecs , vous n'auriez trouvé d'appui nulle part, et vous auriez vécu dégradé, et qui pis est oublié. Vous imaginez-vous , » ajouta-t-il en baissant la voix, comme s'il eût craint d'être entendu, « que, s'il y avait beaucoup à gagner pour un chrétien en se faisant mahométan, d'autres que vous ne seraient pas assez raisonnables pour consentir à crier Aiiah, illah, ailah, au lieu Aq Kyrie

deîson? »

Cette observation était sans réplique. Je déposai le sabre , et ]c repris la tasse à café.

L'intérieur de la Morée étant délivré des Arnautes, Hassan résolut de passer le reste âe la saison à purger ses mws Aft^

/. //est d'usage qu'après une bataille Je commandant d une armée V\Jiï«\v^e ^^-ooe a«e rccompeme pour chaque léted'eiwcinl qu'on \ai apporie.

Maniotes. Il fit parlir un fort détachement, avec ordre de forcer les passages du mont Taygète, séjour de ces brigands, et notre camp fut transféré de la plaine d'Ârgos dans celle de Nauplie. La petite langue de terre de cette vallée délicieuse qui est le plus près de la ville , et qui s'étend sous le rocher effrayant de Palamède S avait été changée en marais par Teau de mer qui y pénètre constamment, et ses exhalaisons pestilentielles pouvaient disputer d'intensité avec celles du marais de Lerne qui y fait face ^ Hassan , en attendant le résultat de Texpédition dans le Magne, résolut, quoiqu'il ne connût probablement pas beaucoup la mythologie , de faire de ce bourbier fangeux un nouveau jardin des Hespérides ; et , pour rendre à leur état primitif d'innocence et de pureté les âmes un peu dégradées de ses prisonniers arnautes , il les faisait conduire , tous les matins , enchaînés deux à deux, pour travailler à l'exécution de ce plan. Des mains qui n'avaient jamais manié que des instruments de guerre et de destruciion se trouvaient forcées à se servir d'outils d'agriculture et de jardinage , à changer le sabre et la carabine pour la bêche et le râteau; et des hommes, habitués à sabrer leurs ennemis , frémissaient 3e rage de se voir réduits à planter des orangers.

De même que d'autres grands hommes, Hassan avait des ennemis dans la ciipitale. Ils représentèrent son entreprise contre les rochers imprenables du Magne comme le comble de la folie, ne cessèrent de déclamer contre ses extorsions, et appuyèrent surtout sur l'atrocité avec laquelle il employait des captifs musulmans à planter des jardins déhcieux. Un malin donc qu'Hassan, inspectant ses travaux, respirait l'encens que lui prodiguaient, sur son goût, ses courtisans qui l'entouraient, il reçut de la Porte un ordre fulminant qui lui enjoignait de mettre en liberté sur-le-champ tous ses prisonniers et de retourner à Conslantinople avec son escadre.

1. la forteresse p'acée sur 1c sommet de la moiita{vnc qui domine Nan{)Iie a conservé depuis l'antiquiic le nom tk* Palamède. (Voyez mon f^ojnqe dai.s la Grèce continentale et la Movée. Paris, Charles Gosselin, édition 18 W). II.

2. Lenie est plac ée sur l'autre coté du {jolfe de Naiiplie. Un anti((ue rhàteiuî franc subsiste sur la mouia^jnc qui la (ioniine. L'aulique ville de Tiryuilie

é/£t/i à la lêie du Qoli'e, enire NaupWe e.l àt^o%, «va«-^\\\% ^v*i% de Nauplie, stir un moniicule où on voit encore \e* tesle* \\c %«^ law^s. «^ >^\fetvt% t;^\^^\\vt^çues. (Voyez mon f^oyaqe.) R.

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