CHAPITRE QUARANTIÈME
que noire sang se confondit, et qu'il prit racine dans noire sol. Pourquoi faut-il que mes parents , malgré leur amkié pour le sauveur de leur fils, ne puissent sacrifier l'orgueil de leur race à leur tendresse et à leur reconnaissance ! »
« Omar, » lui dis-je d'un ton un peu piqué, « quand même vos parents désireraient cette alliance, savez-vous si moi-même j'y consentirais? Je vous ai dit que j'avais été marié, que j'avais eu pour épouse la fille d'un bcy d'Egypte. Lorsque la mort me la ravit , je fis vœu de ne jamais contracter d'autre mariage. Informez-en vos parents , afin qu'ils n'aient ni inquiétude ni craintes à cet égard. D'ailleurs je compte retourner incessamment à Derayeh ; je me reproche d'être si long-temps éloigné du puissant chef qui a daigné m'accueillir avec tant de bonté. »
— « Pardonnez-moi si je vous ai offensé involontairement, » s'écria Omar en portant la main sur ses yeux ; « je n'entends faire aucun reproche à votre naissance. L'Arabe croirait souiller la pureté de son sang, en le mêlant même avec celui des sultans. L'homme a ses préjugés dans tous les coins de la terre. »
Il fit quelques efforts pour faire tomber la conversation sur un autre sujet ; mais un ton de contrainte y régnait, elle ne tarda pas à languir, et nous terminâmes notre promenade en silence. On aurait dit qu'Omar, bien loin d'être soulagé par l'indifférence avec laquelle j'avais appris les sentiments de ses parents, aurait désiré que je fisse des efforts pour vaincre leurs préjugés : il semblait regretter que je montrasse si peu d'empressement pour m'allier à sa famille; et, depuis ce jour, il tomba dans une mélancolie dont rien n'était capable de le distraire. Voyant que ma présence n'était plus pour lui une consolation , je songeai trés-sérieusement à retourner à Derayeh, et le jour en était déjà fixé, quand Ibu-Aly m'envoya chercher.
« Sélim , » me dit-il dès que nous fûmes seuls, « vous avez vécu assez long-temps parmi nous pour connaître nos coutumes et notre caractère. Voyez si vous pourriez vous décider à renoncer pour jamais à l'Occident, et à vous établir d'une manière permanente parmi nous, au cas où l'on vous ferait participer à toutes les prérogatives de nos tribus, et l'on vous accordemit une épouse dans la famille où vous comptez déjà tant d'amis? Je ne dois pas vous cacher que ce n'est qu'apvl» vj^\v Wwfe Vsw^-
temps contre leors désurs qae mes parents se sont décidés à vods fure celle proposition. Rarement nous contractons une alliance hors de noire tribu, plus rarement encore hors de notre pays; mais telle est notre affection pour Omar, telles sont les craintes qae nous inspire la sombre mélancolie dont il est attaqué, que, pour Tamour de lui , nous permettons , nous désirons même une union qui puisse vous fixer à jamais daiis le pays des Wahabites. Vous ne devez pas craindre qu'une répugnance, qui n'avait pas votre personne pour objet, mais qui était Tcffet de nos habitudes, laisse quelques racines après elle, quand nous la bannisgons de notre cœur. Devenu filsadoptifde Beder, vous pouvez compter à jamais sur la foi et l'affection de toute la tribu. •
Loin d'aspirer à une alliance avec les enfants de Wahab, cet donneur ne me tentait nullement Je n'avais cherché un asile parmi eux que pour me dérober au courroux d'Âchmet , et je n'y avais prolongé mon séjour que parce que je ne voyais pas où je pourrais être mieux accueilli. Mais, quoique résigné à vivre quelque temps en Arabie , ce n'était point au milieu des Arabes que je me proposais de terminer mes jours. Malheureusement, après avoir vu des hommes aussi fiers que ces monarques du désert surmonter leurs préjugés au point de me faire une telle proposition, il ne me restait plus d'autre parti que de vaincre ma répugnance ou de les quitter sur-le-champ. Je ue pouvais rester un instant parmi eux, après avoir refusé une offre qu'on regardait comme un si grand honneur et à laquelle on s'était si difficilement déterminé. Je résolus donc de céder aux circonstances; mais, craignant de diminuer mon importance par trop d'empressement, j'alléguai de nouveau le prétendu serment que j'avais fait de ue jamais me remarier. Ibn-Âiy sourit de mes scrupules, et me dit ensuite avec gravité qu'aucnu serment fait pendant que j'errais dans les ténèbres ne pouvait me lier après que j'avais ouvert les yeux à la véritable lumière. Je cédai à un argumenl si puissant. Ce()endant ou jugea néces saijre de demander le consentement d'Abd-oul-Aziz avant de conclure un mariage si contraire aux mœurs des Arabes, et il raccorda après avoir un peu hésité.
Parmi des sœurs dont je n'avais entrevu la figure qu'un iBStaut, lorsque j'étais arrivé pour donner des secours à Omar,