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CHAPITRE QUARANTIÈME

je ne pouvais avoir de préférence pour aucune. Je laissai donc •à mes amis la liberté du choix, et il tomba sur l'aînée. £lic n'était déjà plus dans Ja fleur de la jeunesse : elle passait mé^me pour avoir atteint l'âge de la maturité, car elle avait quinze ans accomplis. Si, sur ce sol proliûque, on avait laissé languir aussi long-temps cette jeune plante dans un état de stérilité peu ordinaire , ce n'était pas qu'elle manquât d'inclination pour prendre un mari , ni de charmes pour en décider un en sa faveur : deux jeunes gens d'un rang distingué , auxquels elle avait été successivement promise, avaient été frappés par la mort, l'un dans une bataille, l'autre à la suite d'une maladie; et, depuis ce temps, l'idée d'une fatalité attachée à son nom avait écarté tout autre prétendant. Inaccessible à une telle superstition, il m'était fort indifférent d'épouser Âîsché ou toute autre de ses sœurs. Dès qu'on eut obtenu le consentement du chef suprême, on fixa le jour des noces à une époque très-rapj^ochée, de crainte peut-être que le nouvel amant ne s'échappât avant que le noeud qui devait le retenii* fût bien serré.

J'employai l'argent qui me restait à acheter pour ma future des colliers , des bracelets et des anneaux pour ses oreilles, son nez, ses doigts, ses bras et ses jambes. Les présents que je reçus à mon tour de ses parents étaient d'une nature plus utile: ils consistaient en un beau cheval , une lance , une carabine , une superbe tente en peau de chèvre, ayant un double appartement à droite et à gauche, un tapis de Perse, un sofa, et une quantité d'ustensiles de ménage. Mon ami Omar, désirant me voir établi sur un pied aussi respectable que le plus fier des Arabes de sa tribu, me fournit tout ce que les autres pouvaient avoir oublié. Il ne me manquait qu'une pipe et un chapelet, les Wahabites ne faisant point usage de ces objets, indispensables pour les autres musulmans.

Parmi toutes les choses destjiiéesà embellir mon ménage, la seule qu'on avait jusque là, suivant l'usage, dérobée à mes regards, c'était les charmes de ma future. Cependant, après qu'elle se fut sauvée de maison en maison avec toutes les démonstrations de terreur qu'une jeune fille bien élevée doit indispensablement affecter en pareil cas, qu'elle se fut laissé surprendre par hes compagnes plus agiles, et (\u'dl^ av'^.^^ 4.\.<^

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amenée comme par force, je ne pus m*empécher de penser, en la voyant enfin, que d'autres, qui valaient mieux qu'elle, n'avaient pas fait tant de façons. Je ne trouvai en elle rien qui pût bannir . de mon cœur l'image d'Ëuphrosyne, qui y était toujours profondément gravée. Cette circonstance me ût presque plaisir. Si les attraits d'Afsclié eussent été assez puissants pour rallumer dans mon sein les feux qui y avaient brûlé autrefois , j'aurais cru commettre une infidélité à la mémoire de celle à qui je ne pouvais plus donner que des regrets inutiles. Ce n'est pas que la sœur d'Omar fût dé|K)urvue de tout agrément. Il est vrai que le soleil n'aurait gâté que peu de chose à son teint, s'il lui eût été permis de lancer librement ses rayons sur sa personne ; mais à des dents blanches comme l'ivoire , à des yeux et à des cheveux noirs comme le jais, elle joignait, comme son frère Omar, une physionomie d'une douceur qui gagnait l'âme ; et tous les Arabes déclaraient que ses membres ressemblaient aux branches d'un palmier agitées par le vent du nord-est, ce qui voulait dire qu'elle- avait les mouvements fort gracieux. D'ailleurs ses traits étaient réguliers, et la moindre touche des cosmétiques dont mes concitoyennes de Chios font si amplement usage l'aurait fait passer, dans un pays civilisé, sinon pour un modèle de beauté, au moins pour une *brunette fort séduisante , si cette chance ne lui eût été ravie par les marques indélébiles qu'elle s'était fait graver sur le visage , le cou et les bras, avec de la poudre à fusil , suivant l'usage du pays, et d'après les dessins les plus à la mode.

Au moral comme au physique, elle était le véritable portrait de son frère ; elle unissait aux qualités les plus aimables cette défiance de soi-même qui est souvent le partage de ceux qui devraient le moins en avoir. Dans un de ces moments d'abandon qui naissent de l'amour et de la confiance, elle m'apprit ce qu'Omar même m'avait toujours soigneusement caché : que, tandis que je travaillais à Derayeh à guérir la blessure du frère, l'amour avait fait une autre blessure au cœur de la sœur , et que la passion que je lui avais inspirée sans le savoir avait contribué, peut-être autant que l'amitié déclarée d'Omar, à décider ses parents h consentir & notre union.

J'aimais Aischè, n\u\t&^N^c c.<^\.v^ ^i&dresse calme et tran-

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