‹ AnastaseChapitre 325 sur 407 · CHAPITRE QUARANTIÈME. W · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTIÈME. W

qaille qui résulte de l'estime et de l'amitié plutôt que de Tamour, tandis que sa passion impétueuse avait peine à se contenter de ces sentiments. Elle ne m'accusa pas d'indifférence : dans un pays où l'âme ressemble à un volcan sans cesse en éruption , elle ne pouvait croire que la mienne ne fût pas le foyer d'une flamme semblable à la sienne; il fallait donc, d'après ses idées, que je fusse consumé d'une ardeur secrète pour quelque autre femme.

Rien ne put dissiper ce soupçon que lui inspirait sa tendresse. Mes actions, mes paroles, mes gestes, mes regards étaient épiés et interprétés, et elle n'était occupée qu'à chercher la preuve de mon crime imaginaire. Si , fatigué de sa jalousie , je paraissais morne et soucieux, • elle n'en était pas surprise, elle n'ignorait pas qu'elle n'avait plus le don de me plaire, que sa compagnie était devenue un fardeau pour moi. » Si, au contraire, je montrais un instant d'enjouement et de sérénité, « j'étais bien changé tout à coup; elle aurait bien voulu savoir quels succès obtenus au dehors pouvaient prolonger leur influence sur mon esprit jusque dans ma maison. » Si j'étais absent une heure, elle m'accablait de questions insidieuses à mon retour ; et, quelles que pussent être mes réponses, elle en tirait toujours de quoi alimenter ses soupçons. £nfln , je ne savais plus si je devais parler ou me taire; j'avais toujours un air contraint en sa présence; je lui cachais mes actions les plus innocentes comme si elles eussent été des crimes, et, avec une conscience qui ne me re* prochait rien , j'avais toujours la figure d'un coupable.

Omar, avec lequel je passais tous les instants pendant lesquels je m'absentais de chez moi, parvint, à force de représentations, à guérir sa sœur de cette maladie ; mais elle ne fit que prendre un autre cours, et jo n'en eus pas plus de repos. « Si je n'avais pas contracté d'attachement pour quelque autre, c'était une preuve que rien ne pouvait m'attacher , que j'avais pris du dégoût pour son pays, et que je saisirais la première occasion favorable pour m'en éloigner. » Si elle me voyait pensif, « elle était sûre que je songeais à mon départ et au moyen de retourner dans la patrie de mes pères. » Plus je lui protestais qu'il n'en était rien , moins elle croyait à mes protestations.

Quelques années plus tôt, ces appréhensious \xv^V^attàfe«a»v!'«».-

5M »(feMOIRES D*UN GREC.

raient fait que m'aigrir : mûri par le temps , fen considéraî la cause, et j'en pardonnai les effets. Elles se calmèrent en partie par degrés, et par degrés aussi mon affection pour Aîsché devint plus tendre et plus sincère. Si j'eusse pu oublier un instant Eopbrosyne, peut-être anrais-je uni par payer d'un retour comi^et ses sentiments passionnés ; mais l'amour, l'amour tel que l'exige une femme, ne pouvait vivre dans le cœur d'Anastase que pour celle qui n'existait plus.

Dans la campagne précédente , la guerre, maîtresse infidèle, n'avait pas accordé de grandes faveurs aux Wahabites, et ils ne paraissaient pas disposés à aller la courtiser bien loin cette année. Tandis que quelques-uns des kabiles de Montefih et de Beni- Haled s'approchaient des domaines d'Abdoni-Aziz plus qu'ils n'avaient osé le faire depuis quelque temps, ceux des propres sujets de ce scheïck qui faisaient leur principale résidence dans des villages et dans des villes ne montraient pas un grand empressement à conduire leurs troupeaux , suivant l'usage , dans les pâturages du désert. On douta même quelque temps si Ibn-Sehoud, fils atné d'Abd-oul-Aziz, à qui, attendu son âge avancé, il confiait la conduite de ses expéditions militaires, camperait cotte année sous la tente, et je crus un moment que je n'aurais pas la moindre chance de voir arrêter une caravane ou piller quelque sanctuaire en l'honneur de Dieu. Mais l'ordre fut donné subitement, et toute la nation , hommes, femmes et enfants, abandonnèrent leurs demeures ordinaires, pour aller dresser leurs tentes dans le désert

Chaque tribu avait son campement séparé, placé à la distance d'une ou deux lieues de celui de ses plus proches voisins. Dans chaque camp, la tente du chef occupait le point central, et était entourée de celles de sa famille. Les autres décrivaient autour plusieurs grands cercles, et les places les plus voisines du chef étaient réservées aux Arabes les plus distingués par leur rang ou par leur fortune.

Le camp d'Ibn-Sehoud était le plus considérable, comme on doit bien le croire. C'était en quelque sorte le quartier-général, et les camps les plus éloignés y faisaient annoncer chaque jour tout ce qui pouvait se passer daosleur voisinage. C'était laque se rassemblaient les scheicks des autres divisions, pour y tenir

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