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CHAPITRE QUARANTIÈME

une sorte de conseil de guerre présidé par le chef suprême, arrêter le plan de campagne, recevoir ses instructions et ses ordres; c'était » en un mot, la dipitale du désert.

L'assemblage des tentes, parmi lesquelles se trouvait la mienne, avait une forme et une destination guerrières ; mais il faut convenir que le passage de l'état de guerre à Tétat de paix n'opère pas une grande différence dans la manière de camper des Bédouins. Même dans la paix la plus profonde, les Arabes du désert vivent dans des camps dont l'emplacement change sans cesse, et ils sent toujours prêts soit à attaquer, soit à se défendre. £n temps de guerre , les combattants sont toujours entourés de leurs familles , et consultent pour leurs mouvements la nécessité de procurer une pâture à leurs troupeaux autant que le désir de rencontrer ou d'éviter l'ennemi. Dans les occasions ordinaires , chaque scheïck subordonné , à la tête de ses sujets immédiats, marche , s'arrête , attaque ou se retire suivant qu'il le juge à propos; Il ne s'astreint pas à agir de concert avec les autres scheïcks , ^t ne fait aucune attention aux mouvements du chef suprême. Ce n'est que lorsque celui-ci projette quelque grande expédition ou quelque coup de main d'importance majeure, que les chefs subordonnés et leurs vassaux se rallient sous son étendard. En cette occasion même, ils ne se regardent pas comme obligés de le suivre plus long-temps que cela ne leur convient. Si le service qu'on leur demande les fatigue , si le pillage ne répond pas à leur attente , sans attendre la fin de la campagne , sans en demander la permission au chef, ils se retirent tout à coup , et retournent dans les districts qu'ils ha^ bitent ordinairement. La voix du fanatisme peut les exciter aux entreprises les plus difficiles et les plus périlleuses, mais elle n'en obtient ni discipline , ni patience , ni persévérance. £n un mot , les tribus des \Vahabites, dans leur mode de faire la guerre, ressemblent à ces nuages de sauterelles dévorantes qui, portées par le vent sur une contrée où l'on se croit à l'abri de ce fléau^ tombent à l'improviste sur un champ fertile, et qui, lorsqu'elles y ont tout dévoré, en vont chercher un autre, et ne laissent nulle part les marques d'une possession permanente.

Quelques-unes de nos divisions, plus avancées que nous du côté de l'ouest , eurent bientôt le bonheur tfîîSQVt a^^ofVRS»^^'^

carmouches avec les enfants de Beni-Haled. Notre camp resta plus long-temps dans an état d'inaction. Deux fois nous reçûmes avis qu*un détachement ennemi était à peu de distance. Ibn-Aly se mit alors en marche avec tout ce qui était en état de porter les armes; mais, dans notre première saillie, nous trouvâmes que Tennemi opérait déjà sa retraite, et, malgré notre diligence, nous ne pûmes même le découvrir ; dans la seconde, il était en force telle* ment supérieure que nous nous hâtâmes de faire plier nos tentes, et de placer pos harems dans des paniers sur le dos de nos chameaux, pour être prêts à battre en retraite à notre tour si les cir^ constances l'exigeaient ; mais il nous crut plus nombreux que nous ne Tétions réellement ; il disparut sans nous attaquer, et ne nous occasionna d*aotre embarras que de déballer nos femmes de leurs paniers et de dresser de nouveau nos tentes. Mes regrets ne furent pas excessifs : j'avais passé l'âge de cette passion désintéressée pour les périls des combats, et il n'y a guère à gagner autre chose que d'honorables cicatrices quand des Arabes attaquent d'autres Arabes.

Nous accélérions ou retardions notre marche , suivant que nous trouvions plus ou moins de fourrage pour nos chevaux et de pâture pour nos bestiaux. Malheureusement le peu d'obstacles que nous avions rencontrés jusque-là nous avait inspiré Une fatale sécurité. Chaque soir tout le camp se livrait de bonne heure aux douceurs du repos , et s'en rapportait , pour sa sûreté , aux chiens vigilants qui en gardaient les approches. Nous étions à trois ou quatre konacks ^ d'Ël-Hassa, quand une nuit nos sentinelles quadrupèdes, se mettant à aboyer avec fureur, répandirent l'alarme parmi nous. Ceux qui étaient déjà endormis s'éveillèrent en sursaut, et ceux qui veillaient encore saisirent leurs armes. J'étais de ce nombre, étant alors occupé de quelques préparatifs pour la marche du lendemain. Je dis adieu à la hâte à Aîsché , je sautai sur mon cheval après lui avoir délié les jambes ', et je courus à toute bride du côté où ce concert désagréable se faisait entendre. Tout le camp était en rumeur ; chacun sortait de sa tente à demi éveillé, demandait

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