CHAPITRE QUARANTIÈME
à son voisin de quoi il s'agissait, et personne ne pouvait répoudre à cette question. Le bruit des armes en donna bientôt la solution. Un détachement ennemi s'était approché de nous en silence, et il nous aurait complètement surpris sans la vigilance de nos fidèles sentinelles avancées. Ne connaissant pas la force de nos ennemis et ayant à craindre qu'elle ne fût beaucoup plus considérable que ne Tétait la nôtre, nous jugeâmes que la retraite était le parti le plus prudent; mais, pour pouvoir l'effectuer, il fallait la couvrir d'une ombre de résistance : aussi, dès qu'Ibn->\ly eut réuni un certain nombre de combaltauls, il marcha à la rencontre des ennemis qui nous attaquaient. Je le joignis en chemin avec mon ami Omar , au milieu du désordre extraordinaire que notre camp présentait alors. Les chiens qui nous avaient donné l'alarme les premiers avaient, par leurs hurlements, excité les hurlements de tous les autres chiens répandus autour des tentes, de sorte que, quoique nous eussions la certitude qu'on nous attaquait sur quelque point, nous ne savions de quel côté porter du secours. ïantôj; pensant être en contact avec l'ennemi, nous attaquions une troupe de nos camarades; tantôt croyant en être bien loin , nous nous trouvions au milieu de ses rangs. Nous parvînmes pourtant enûn à reconnaître le lieu de l'attaque; et, comme chaque instant nous amenait quelque renfort du camp , nous réussîmes à faire une vigoureuse dé« fepse , sans perdre beaucoup de terrain.
Pendant que nous soutenions ainsi cette attaque, les femmes , les enfants et les vieillards s'occupaient de leur côte à plier les tentes, à charger les chameaux, et à conduire les bestiaux dans la partie du désert opposée à celle où le combat se livrait. £n moins de deux heures le camp fut levé, et nous commençâmes à battre en retraite. Cela nous fut d'autant p!us facile que l'ennemi lui-même, qui avait trouvé une résistance sur laquelle il ne comptait pas, semblait beaucoup plus désireux de mettre à l'abri le butin qu'il avait déjà fait que de se hasarder avec d'aussi rudes jouteurs pour gagner de nouveaux avantages, et qa'il manifestait par ses mouvements un grand empiessement à disparaître du lieu de la scène avec aussi peu de bruit que possible , avant que le jour naissant rie nous perniît d'apercevoir leur faiblesse et de nous îorVvtvet uwx^-tû&ïwis»
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par l*armée des secours de uos autres campemeots. Aîusi, pendant que nous faisions retraite dans une direction, ils en faisaient autant de leur côté dans la direction opposée. Plus d'une fois nous fûmes vivement tentés de les attaquer à notre tour pour nous remettre en possession du i)utin qn*ils emmenaient; mais la crainte d'une surprise nous en empêcha, et nous continuâmes notre retraite. Le jour, qui parut deux heures après, ne nous fit apercevoir aucun ennemi; mais la plaine était couverte de nos chameaux , de nos bestiaux, de nos femmes et de nos enfants, fuyant en désordre de différents côtés; et, le danger étant passé, notre troupe, qui avait fait sa retraite en asses bon ordre» se divisa, et chacun se mit à la recherche de sa famille et de ses équipages.
J*eas la satisfaction de découvrir bientôt Âïsché entourée des femmes qui la servaient, et montée sur un dromadaire de très-haute stature. Délivrée de tout0 inquiétude, dès qn'^ m'aperçut , elle poussa un grand cri de joie, et toute sa suite m'accueillit par de vives acclamations.
Il est toujours afiireux de perdre ce qu^on aime ; mais cette perte est encore plus sensible quand elle arrive à l'instant oà, après un juste sujet d'alame, le cœur commence à se dilat» par le plaisir, dans la persuasion que tout péril est éloigné , et surtout quand ce malheur est occasionné non par le dangei qu'on avait à redouter, mais précisément par la trop grande sécurité que fait naître son éioignement.
Tel fut mon destin. Aisché ne pouvant modérer i^impatience qu'elle éprouvait de se jeter dans mes bras , voulut descendre de son dromadaire sans attendre qu'on l'aidât. Dans la précipitation du départ, la sangle qui attachait la selle n'avait pas été suffisamment serrée; la selle tourna, et Âiscbé fit une chote que sa situation rendit mortelle : elle expira quelques heures après entre mes bras.
Dans aucun temps je n'avais éprouvé pour A!sché uo amour semblable à celui que m'avait inspiré Euphrosyne, et qui s'était ranimé dans toute sa force depuis que je l'avais perdue ; mai», sans avoir pour elle une passion impétueuse, je lui avais voué un attachement sincère , fondé sur i'estfine et la reconnaissance; je commençais à sen^ le prii de sa vive len-