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CHAPITRE QUARANTE ET UNIÈME

moins à craindre pour eux que ne le sont les Arabes, nos yeux brillèrent de joie, et les doigts commencèrent à me démanger comme ceux d*un médecin qui va recevoir le prix d'une consultation. Dès que nous les vîmes à portée, nous partîmes au grand galop; nous nous postâmes devant eux, et coupâmes toute communication entre les deux parties de la caravane, qui étaient séparées par un intervalle assez considérable.-

Aux cris de terreur que notre présence fit pousser, ou dit que le grand Ël-Ashkar lui-même ne dédaigna pas de tourner la tête pour voir ce dont il s'agissait, et qu'en ayant reconnu la cause, il partit prudemment à toute bride, suivi de ses braves vétérans.

Abandonnés ainsi par leurs défenseurs, les pèlerins n'essayèrent pas de se défendre, et nous n'eûmes que la peine de recueillir la manne que le ciel nous envoyait. Tandis que chacun considérait le pillage comme un acte légal et de droit naturel, dans un pays où le vol est un titre à la gloire, où chaque voyageur se résigne d'avance à la chance d'être dépouillé , et regrette sa perte sans blâmer celui qui la lui occasionne, je ne portai pas le scrupule jusqu'à me refuser une part du privilège général , mais je fis la folie de ne vouloir me charger que de quelque proie digne de moi. Je laissai les Arabes se livrer à un pillage sans discernement, et je dédaignai de dévaliser un pauvre hadgi ou un marchand subalterne ; je dois même dire à ma bonfe que j'en aidai deux ou trois à se sauver avec leur petite balle de marchandises. Cependant je n'aurais pas été fâché que quelque prise précieuse tombât entre mes mains, plutôt que dans celles de vagabonds qui n'en connaîtraient pas la valeur. Malheureusement, à force de me rendre difficile sur le choix, je ne trouvai plus rien à prendre, et j'allais voir l'expédition se terminer sans que je recueillisse la moindre portion du butin, quand, à la faveur d'un intervalle qui séparait deux dés hauteurs où nous nous étions mis en embuscade , je vis plusieurs chameaux qui semblaient pesamment chargés. Ils appartenaient à un marchand qui, se trouvant aux derniers rangs de la caravane, s'en était séparé dès le premier instant de l'attaque, dans l'espoir de se dérober à nos yeux.

Je courus à lui sur-le champ, et, dès qa^ \'€ivlwg» ^^^x^^^î^s.

pour hm faire entendre, je criai au diligent hadgi de se rendre et de mettre pied à terre. Voyant que j'étais seul, il ne jugea pas à propos d*obéir à cet ordre; et sept à hbit drôles qui étaient cachés derrière les chameaux, paraissant tout à coup, me montrèrent une ligne formidable de mousquets qui n'attendaient que l'instant où je serais à portée pour me saluer d'une décharge générale. Cette vue refroidit un peu mon ardeur : du galop je passai au trot, du trot au pas, et je Guis par faire halte» ne me souciant ni d'avancer ni de m'en retourner les mains vides.

Heureusement, je vis arriver en ce moment, du côté de l'est, une douzaine d'Arabes faisant partie d'une tribu ensevelie dans les sables les plus profonds du désert : ils n'étaient pas do nombre de ceux qui avaient projeté l'attaque de la caravane ; mais, en ayant entendu parler par hasard, ils s'étaietat avancés au delà de leurs limites ordinaires pour voir s'ils ne pourraient pas ramasser quelques restes de la curée. Je leur fis signe de venir me joindre, et ils n'hésitèrent pas à se réunir à moi pour attaquer le marchand. A la vue de ce renfort, Tescorte de celui-ci ne songea pas même à faire résistance ; chacun prit la fuite, et^ sans avoir brûlé une amorce, nous restâmes en possession du plus riche butin de toute la caravane.

Ma bonne fortune voulut que j'eusse affaire aux Arabes les plus ignorants du désert. Mes alliés n'estimaient les marchandises que d'après leur poids et leur volume. Des étofies grosses comme de la toile à emballage, les toiles de coton les plus communes, des couvertures pour les chevaux, voilà ce qui excitait leurs désirs, taiidis qu'ils regardaient aveo mépris des châles de la plus grande beauté , des mousselines qui semblaient tissucs avec ces fils déliés qu'on voit voltiger dans les airs pendant les belles matinées du printemps, des soies brillant d'aussi belles couleurs que le nuage illuminé des rayons du soleil couchant dans une soirée d'éCé. Ils avaient trouvé un sac de perles d'Ormus, grosses comme des noisettes : ils en mirent dans leur bouche, et, les trouvant dures et sansgoôt^ ils les jetèrent avec dédain. Je ne perdis pas un instant pour m'en ômparer, et, en ramassaut celles qui étaient tombées, je trouvai une petite cassette pleine de rubis, d'émeraudes et de diamants, dont ils ii£ m'en-

"^--^nt pas la possession, parce qu'ils ne virent dans ces pierres

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