‹ AnastaseChapitre 333 sur 407 · CHAPITRE QUARANTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE ET UNIÈME

quant une caravane composée eu parlie de ses sujets, que je devais m'être rétabli dans ses bonnes grâces. L'habit de Bédouin s*accordant mal avec mon visage ovale et avec mon accent qui n*était nullement guttural, je me décidai à jouer le rôle de santon turc*. Sous ce vêtement sacré, j'éviterais les inconvénients de la pauvreté, et je n'aurais pas à craindre qu'on me soupçonnât d'être riche. Cette métamorphose s'effectua aisément; et, continuant ma route, j'entrai dans Acre deux ans, jour pour jour , après mon départ de Bagdad.

Le premier individu que je rencontrai dans cette ville n'avait plus de nez : j'avais vu ailleurs de semblables accidents. Il manquait un œil au second : c'est encore une difformité commune à tous les pays ; mais le troisième était sans oreilles , le quatrième sans lèvres, et j'en vis plusieurs qui n'avaient qu'une main. Enfin , trouvant un homme qui , par une bonne fortune assez rare, était en possession de tous sea membres, je l'accostai ; et, après lui avoir fait compliment d'avoir conservé son nez , ses yeux, ses oreilles, en uû mot tous les dons que lui avait faits la nature, je lui témoignai mon étonnement de voir qu'un si petit nombre d'habitants de cette ville eussent le même avantage.

(I II paraît que vous êtes étranger, » me répondit-il, « et vous ne savez pas encore quelle est la marque de notre maître. C'est à de pareils signes, que ce bon pasteur reconnaît son troupeau. Tous les pécheurs le portent; mais songez bien que les saints même n'en sont pas exempts. »

Je le remerciai de cet avis amical ; et, n'aimant pas assez Djezzar pour désirer tle porter sa marque, je donnai à ma sainteté, dans la demeure que je fus obligé de prendre, le moins d'éclat qu'il me fut possible. Peu ambitieux d'étendre ma réputation , je me bornai à faire le nombre de pieuses grimaces et de cures miraculeuses strictement nécessaires pour soutenir le rôle que j'avais entrepris de jouer. Mais le pouvoir que j'avais de guérir les autres n'opéra sur moi-même que bien lentement. Au milieu des possédés que j'exorcisais et des épileptiques que je déclarais bien portants quand leur accès était passé, je

1. Moine turc, et en réalité vagabond qui court de ville en ville, et qui va partout aux dépens de la crédulité publique.

restai hoileux assez long-temps. Mon hôte, qai était un homme asficz instrait, soulagea mon ennui en me contant l'histoire de Djezzar, et je vais en tracer une courte esquisse, non pas tant pour Fédiiication du monde» que pour me débarrasser quelques instants de cet éternel ji'e qui couvre toutes mes ps^es.

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