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CHAPITRE QUARANTE-DEUXÏÈME

Ce fut dah^ cette province que les hauts faits d*Achmet lui valurent, en moins d'un an, le glorieux surnom d'EUDje^sarj mais, à la fin de cette même aimée, son mattre ayant eonçu des soupçons sur sa fidélité, se détermina h destiner au Boucher la même récompense qu'il avait fait donner par ses mains à tant d'autres. Informé de ce danger, Âchmet eut recour» une seconde fois à la fuite pour sauver sa vie, et fut reçu avec hospitalité à la cour d'Osman , pacha de Damas. Ce vizir était alors en guerre contre l'Arabe Dahcr, souverain par droit héréditahe du petit territoire de Saphad, fet régnant par droit de conquête sur le district étendu d'Acre, qu'il avaft démembré du pachalik de Seïde. Il fit marcher DjeBêar contre cet ennemi favorisé de la fortuiie, à la tôle d'une troupe de ses propres concitoyens, de Bosniaques ; mais en dépit de leur valeur le Boucher ne put empêcher Daher de s'emparer de Seïdê, qui devint à son tour une dépendance d'Acre;

Une race singulière, habitant un canton situé entre la mer et le mont Liban , est soumise au gouvernement de Seïde ; ce sont les Druses. Leur capitale se nomme Daîr*el-Khammar, ou la ville de la Lune. Leur religion est un reste de celle des anciens mages. Dans leurs écoles, on apprend aux initiés : que toutes les créatures douées d'intelligence sont émanées d'une seule essence primitive ; que leurs âmes ne sont que des portions inférieures qui en sont détachées par l'effet de la propre volonté de cette essence; que ces petites divisions du grand tout, une fois qu'elles en sont séparées, perdent le souvenir de ce qu'elles ont étéj et ne parviennent à se connaître elles-mêmes, jusqu'à un certain point, que par le moyen des diverses enveloppes terrestres dont il plaît à ce premier principe, auquel elles doivent l'existence, de lès couvrir tour à tour ; que la transmigration do ces âmes distinctes n'a lieu que par la suite de la formation et de l'anéantissement des corps qu'elles occupent successivement, et que, de tnême qu'elles émanent originairement d'une seule essence primitive, elles se trouvent, api^ès un vaste cercle de vicissitudes et de développements, réabsorbées en elle ^ et partagent sa gloire, sa science et sa toute-piiissance. Les gens instruits, parmi les autres sectes qui cxistenten Syrie, prétendent relrotlver dans la croyance des Druses des U^c^% Aft\«»KΫ««fe.

doctrine des mages; mais la grande masse des musulmans et des chrétiens de cette province, ne voulant pas se fatiguer l'esprit de telles subtilités, coupent le nœud gordien en soutenao! : que la foi des Druses est diamétralement opposée à celle de toutes les. autres nations ; que ces païens révèrent tout ce qui est en horreur aux justes, et qu'ils méprisent tout ce que ceux* ci regardent comme sacré.

Ce qui est le plus étrange , c*est que les Druses eux-mêmes; qui devraient connaître leur doctrine mieux que personne et en posséder le secret, restent, à cet égard, dans une ignorance complète et volontaire. Non-seulement toutes les pratiques extérieures de religion, jeûnes, offrandes, prières, mais la doctrine, la croyance et la foi, sont le partage exclusif d'une caste particulière qu'on nomme les akkahls ou les sanctifiés. On n'est admis parmi eux qu'après avoir renoncé à tout intérêt mondain , au commerce et même à la conversation des autres. Ce n'est que pour eux qu'il existe une religion , et ils se rendent responsables du salut de toute la nation. Ces prêtres sont si jaloux de leurs connaissances, qu'aucun séculier, même parmi leurs concitoyens, n'est jamais initié dans leurs dogmes; et ces dogmes sont si intolérants, qu'ils n'admettent aucune autre race au partage du salut exchisivement réservé pour la leur. Ce serait en vain qu'un étranger voudrait embrasser leur doctrine, les portes du bonheur éternel ne lui en seraient pas moins fermées à jamais. Il pourrait professer toute sa vie leur religion avec le zèle le plus soutenu , sans pouvoir pour cela prétendre à être admis , à sa mort, dans le plus haut des cieux, séjour réservé aux Druses; étant né infidèle, il faut qu'il se contente d'une place dans le lieu destiné au reste de la race humaine.

Quant aux séculiers auxquels les prêtres donnent le nom de djahels ou simples, depuis le prince jusqu'au dernier paysan, ils sont, sans distinction, exempts de toute pratique religieuse et de toute profession de foi. L'émir, ou souverain de la nation, n'a pas plus de droit que le plus vil de ses sujets à être admis à la connaissance des mystères de la croyance des akkahls et aux secrets de leur culte. C'est pourquoi n'ayant ni rites ni dogmes particuliers, les djahels druses sont toujours tout prêts à adopter, quant à l'extérieur , \e^ c^^t^vw^wv^s d\i culte de toute nation

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