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CHAPITRE QUARANTE-DEUXIÈME

dont ils veulent, par politique, acquérir ou conserver Tamitié. Leurs villes et leurs villages sont remplis de mosquées, mais elles restent désertes, à moins que quelques Turcs n'arrivent chez eux.

Parmi les Druses, comme parmi les Arabes, chaque citoyen est soldat. Cette nation belliqueuse regarde les exercices militaires comme le plus grand des plaisirs, et le mépris de la mort comme la première dos vertus. Chaque district du pays qu'ils habitent obéit aux ordres, ou, pour mieux dire, est sous la protection d'un scheïck héréditaire qui joint ordinairement à la plus grande simplicité de mœurs l'orgueil de la naissance porté au plus haut degré. Il admet tout le monde à sa table, mais peu de personnes à l'honneur de ^n alliance. Parmi ces familles, celle de Schehab jouit du privilège de fournir le chef général de la nation , qui est choisi dans son sein par les autres scheïcks. Il porte le titre d'émir, et fait sa résidence à Dairel-Khammar. Son pouvoir est limité, et, dans toutes les affaires importantes, il consulte les autres chefs.

Au nord du pays habité par les Druses est celui des Mawarnis ou Maronites. On le nomme le Kesroan, et il se divise en petits districts gouvernés aussi par des scheïcks héréditaires. Cette province rend hommage à l'émir des Druses, sous la suzeraineté du pacha de Trablous, de même que le pays de ceux-ci est sous la juridiction de celui de Seîde. Les Maronites ne diffèrent des Druses, pour le caractère et la manière de vivre, qu'en ce qu'ils professent la religion chrétienne, et qu'ils ont communication avec la mer par le port de Beyrouth. Les habitants du Kesroan sont plus industrieux et plus habiles en affaires que leurs voisins les Druses ; aussi les scheïcks de ces derniers choisissent-ils ordinairement des Maronites pour intendants et pour précepteurs de leurs enfants. La différence de religion n'y apporte aucun obstacle, tout ce qu'on demande du maître, à cet égard , étant de n'en jamais parler à ses élèves.

L'émir Melhem, un des chefs druses dont ce peuple parle avec le plus de vénération, fut du petit nombre de ces hommes qui désirent laisser un intervalle entre l'orgueil de la souveraineté et le néant du tombeau. Il abdiqua son autorité, renonça à la société des djahels, et, se mettant au nombre das ^VJ*3^ak%>

commença à disposer sou âme à prendre un vol plus élevé, environ quatre ans avant la rupture des liens qui rattachaient à son corps. Son frère Mansour fut nommé par les scheîcks régeot des Druses, jusqu'à ce qu'Youssouf, fils de JVlcIheni, eût atteint sa majorité; mais ce jcunç prince fut reconnu sur-le-champ pour chef du Kesroan, par le crédit de Sad-el-Kouri, son tuteur, Maronite de la noble famille des Awakris. Youssoufse montra digne de cet honneur : en une seule campagne, il conquit et réunit à sa province le district de Djebaïl, qui en avait été démembré depuis longtemps par une horde de musulmans schiïtes , nommée les Moutawilis, qui habitait la plaine fertile de Baaibeît, de l'autre côté du mont Liban.

La renommée militaire ajoutant ainsi son appui à ses droits héréditaires f Yonssouf ne tarda pas à réclamer la souveraineté sur les Drusés; et il avait de si bons moyens pour faire valoir ses prétentions, que son oncle Mansour jugea à propos de les reconnaître. Se faisant une vertu de la nécessite, il déclara qu'il n'avait gardé le pouvoir souverain que comme un dépôt pour son neveu, et, en 1770, il plaça au doigt d'Youssouf le sceau qui est le signe de la souverainetés

Cet événement eut lieu tandis que Daher , prince d'Acre, poursuivait ses conquêtes en Syrie. Peu content de s'être emparé de Seïde, il vint assiéger Beyrouth, port de mer du Kesroan , où Djezzar s'était retiré. Le Boucher réussit pourtant à repousser l'Arabe ; mais, au lieu de rendre Beyrouth à Youssouf, qui en était le prince légitime, et pour qui il s'était chargé de défendre cette ville, il déclara qu'il la gardait en dépôt pour le sultan, et il se servit des trésors d' Youssouf, que celui-ci y avait fait transporter comme en un lieu de sûreté, pour en acheter l'investiture pour lui-même. Enfin, Hassan, capitan-pacha , ayant chassé Daher d'Acre et de Seïde , il parvint à obtenir de lui la totalité de ce pachaiick, en récompense de sa loyauté.

Suivant l'exemple de son prédécesseur arabe, Djezzar choisit Acre au lieu de Seïde pour y fixer sa résidence. (]elte place était plus facile à défendre, tant du côté de la mer que de celni de la terre. Non-seulement il la fortifia, mais il l'embellit considérablement. Les restes magnifiques de Tyr et de Césarée servirent à orner de nouNea^ux édifices, et l'on vit s'élever.

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