CHAPITRE QUARANTK'DËtJXlÈME
comme par enôhanteuient, un palais^ une mosquée et des bains dignes d'être Fouvrage des dives.
Mais la joie ii*babitait pas sous ces lambris magnifiques. I^a rapacité de Djezzir ne lui permettait d'entrer ni dans la cbau^ luière du pauvre, ni dans les konakis des gratids^ En soumet-^ tant à un monopole tout ce qui aurait dû être une source do ricbesses, il condamna ses sujets à la pauvreté « tandis qu*il en exigeait des contributions aussi fortes que s*il leur eût permis de s'enrichir. Quand il loi était impossible d'assouvir sa cupi^dité, il s'en consolait en se livrant à des actes d'une cruauté raffinée. Chaque matinée était marquée par des tortures nouvelles, chaque jour par des exécutions arbiiraii^es. Les riches galeries du tyran ne retentissaient que de gémissements, et ses superbes terrasses revêtues de marbres ne semblaient ornées de ruisseaux d'eau limpide que pour entraîner les flots de sang dont elles étaient inondées chaque jour. Les cris des malheureux appliqués à la torture se mêlaient au murmure des fontaines; et , derrière les panneaux de jaspe et de porphyre des nombreux portiques de Djezzar, on entendait les soupirs d^infortunés expirant dans d'affreux cachots.
Suivant l'usage immémorial de tous les despotes de TOrient, leurs trésors et leurs femmes se gardent dans la même enceinte et sous les mêmes verrous. Le caractère sacré du gynécée protège ainsi la sûreté de l'hazué. Mais , dans le palais, oii pour mieux dire dans la citadelle de Djezzar, la méfiance avait choisi un lieu encore plus inaccessible pour en faire le sanctuaire do Plutus. L'endroit le plus secret du haiem du Boucher n'était que l'entrée du tabernacle où il cachait son trésor. De hauts remparts , des fossés profonds , des boulevards hérissés de canons défendaient ce saint des saints , et Ton n'y arrivait que par des passages souterrains où la lumière du jour ne pouvait pénétrer, et qui formaient une os\\hce de labyrinthe dont Djezzar seul ava*t la çleL Aucun des malheureux ouvriers qui y avaient travaillé n'eu était sorti , et leurs corps reposaient sous les voûtes qu'ils avaient construites. Nul des officiers du palais n'avait le droit de raccompagner dans son harem , et nul dos habitants du harem n'aurait osé le suivre seulement des yeux ^ I quand, qqittant les appartements de ses femmes , U ^av<L<x\3.m<.
leurs chambres nombreuses , et disparaissait enfin dans le dédale mystérieux qui conduisait à son trésor.
Djezzar exerçant sur ses femmes la même barbarie que sur ses sujets , ses mameiucks réussirent à se concerter avec elles pour lui donner la mort et partager ses dépouilles. On ignore quel ennemi de l'humanité lui découvrit ce complot ; aussitôt qu'il en fut informé , le Boucher, transporté de fureur, courut dans son harem , et , pendant quelques instants, poignarda indistinctement tout ce qui s'offrit à ses yeux. Mais, se repentant bientôt d'avoir donné une mort trop douce aux premières victimes de sa rage , il fit périr les autres dans des tourments tels qu'on les entendait exprimer le regret de n'avoir pas été immolées au moment de l'arrivée de leur bourreau. Ses propres mains , dit-on , firent subir les plus cruelles tortures aux femmes pour qui il avait eu quelque préférence , et ses favorites furent celles sur qui s'acharna davantage sa cruauté ingénieuse \
Les murs épais et la vaste enceinte du harem ne purent étouffer les cris de tant de victimes ; les mameiucks les entendirent , et prédirent le sort qui les attendait : ils s'emparèrent aussitôt des batteries qui entouraient le sanctuaire , pointèrent le canon contre le palais, et firent feu sur ses murailles , dans l'espoir d'atteindre le tyran impitoyable qui, s'y baignait dans le sang.
Ne pouvant fuir sans tomber entre les mains de ses ennemis, Djezzar s'enferma dans son trésor, et là , sans conserver l'espoir que quelqu'un pénétrât jusqu'à lui pour le défendre, ou pour prendre ses ordres, en l'instruisant de ce qui se passait au dehors , il resta étendu sur ses monceaux d'or, s'attendant à chaque instant à être découvert et immolé à son tour à la vengeance*.
Le feu continua ainsi pendant une heure. Il s'affaiblit ensuite par degrés, puis cessa. entièrement. Djezzar ne douta plus que le harem ne fût forcé et que les mameiucks ne s'occupassent à chercher l'entrée secrète qui conduisait à sa re-
1. C'est pourtant ce Djezzar que sir Sydney Smiih, si ma mémoire ne me trompe pas, nomme dans ses dépêches officielles « un vieillard cneq;i<|ae; ■ c'est lui que nous autres Anglais nous avons soutenu, de même que les beys d'Egypte , aux dépens de noire sang et de nos trésors!
[Note de l'auteur anglais.)