CHAPITRE QUARÂMT£-D£UX1ÈM
soupir » (il avait pris la fuite sans avoir reçu une seule blessure) , uniquement pour lui donner les secours qui seraient en mon pouvoir, il me dit d*uue voix presque inintelligible : « Généreux étranger, cherchez parmi les serviteurs de Témir-hadgi, du digne Djezzar, un jeune homme d*un rare mérite , nommé Mustapha 9 pour qui j'ai toujours eu^ sans qu'il le sache, la plus vive affection, et remettez-lui de ma part cette pierre précieuse. » Je ne puis douter, Mustapha Sakal , que vous ne soyez celui dont il me patrlait ; prenez donc ce. diamant : mais comme Témir-hadgi est assez peu raisonnable pour se constituer légataire universel de tous ceux qui meurent sous sa protection spéciale, favorisez mon évasion , de peur que ce secret ne m'échappe involontairement, et que. je ne vous fasse perdre votre bonne fortune. »
Sakal entra mieux que je n'aurais osé Tespérer, et même au-delà de mes intentions , dans l'esprit de mon conte. • Il faut, » me dit-il en prenant le diamant sans cérémonie, « que le digne Dgiaffer eût totalement perdu la mémoire pour vous dire que j'ignorais ses dispositions favorables à mon égard ; car, outre la bagatelle que vous venez de me remettre , il m'avait promis cent sequins à son décès, et vous allez sans doute me les payer pareillement? »
« En vérité, » lui dis-je, craignant qu'il n'y eût pas de fin à ces codicilles, « Dgiaffer ne m'en a pas dit un mot, et je ne possède pas cette somme. » A ces mots, le tchaouck prit un ton d'insolence : « Cherchez dans votre ceinture, » s'écria-1-il, « et vous la trouverez. » En même temps, me saisissant au collet, il commença à employer la violence. La question me parut alors se réduire à savoir s'il n'était pas à propos de faire à Mustapha ce que je n'avais pas fait à Dgiaffer; et , pendant que j'y réfléchissais , je saisis, à tout événement , le manche d'un poignard caché sous ma robe de santon. En ce moment , un grand bruit se fit entendre à la porte ; nous craignîmes tous^tleux qu'il n'annonçât Tarrivée d'un second messager du pacha ; et Mustapha, prévoyant que son diamant courrait des risques si j'étais arrêté, fut alors aussi 'empressé que moi de me voir échapper aux griffes de Djezzar. « Vite, vite, » me dit-il en me montrant une croisée , « ne perdez pas un instant « et t^^^xN^t^V^^si^xv-
lagnes. » Je ne me fls pas répéter cet avis. Noos étions dans une chambre au roz-de-cbaussée^ sur le derrière de Ja maison; la fenêtre était basse et donnait sur une rue écartée ; elle me servit de porte : je fus hors d'Acre en cinq minutes, et en moins d*une heure on n'aurait pu m'apercevoir du haut de ses minarets les plus élevés.
Ayant été obligé de laisser mon cheval en otage, je marchai toute la journée. Vers le soir, je me cachai dans un buisson ; et , après y avoir dormi quelques heures , je continuai ma route avec une telle dilieence que , le lendemain , avant le coucher du soleil , je me vis hors des domaines de Djezzar, car la Porte venait enfin de lui retirer le pacbalick de Damas» et c'était Ters cette ville que je me dirigeais.
Je n'en étais plus qu'à deux lieues le jour suivant^ quand je sentis une main de fer me tomber rudement sur Tépaule. L'idée de Djcziar et de ses messagers se présenta sur-le-champ à mon imagination, et, sans me retourner, je partis à toutes jambes; mais un éclat de rire , accompagné des oiots : « £h ! camarade ; où courez- vous donc si vite? » me fit tourner la tête ; et, faisaut face à l'ennemi , je n'aperçus qu'un derviche couvert de son bonnet en pain de sucre. Cette vue me fit rire à mon tour, et je me rftpprochai de lui.
« Comme nous sommes (ies oiseaux du même plumage, » me dit-ii , « je voulais vous offrir l'hospitalité dans notre couvent de Damas, a J'acceptai avec pjiaisir une invitation qui me dispensait de me montrer en publie , et nous fîmes route de compagnie. En traversant un petit vill^ , il s'arrêta tout à coup : « Camarade, » me dit- il, « une pensée lumineuse me vient à l'esprit : I.e soleil est bien ebaiid, et nous n'avons pas, comme le saint prophète , des anges à nos ordres pour nous protéger contre ses rayons ; reposons-nous donc ici quelques instants. »
A ces mots, il me prît par le bras, et, sans attendre ma réponse, me fit entrer dans la maison d'un chrétien syriaque, où il paraissait être bien connu , et où il demanda audacieuse^ ment un oque du meilleur vin, « C'est pour mo trotter les membres , afin de me délasser, » me dit-il , a et le mauvais viii inne des crampes. > On nom servit soMe-cbMup , api^ nous