CHAPITRE QtJAnANTE-DEUXiÈME
avoir fait entrei^ dans un cabinet écarté ^ où peritonAe ne pou-^ vait venir nous surprendre;
(f Je n'ai pas grande conGance aux applications externes, n me dit alors le derviche. « O mon âme , » ajouta t -il , « dirigez toutes vos pensées vers le ciel , afin de ne point participer à la souillure que mon corps va subir malgré tnoi. » Â ces mots , il prit le vase, le porta à sa bouche, et, retroussant ses moustaches avec soin pour ne pas les souiller comme ses lèvres, il commença dévotement son ablution interne , les yeut levés au ciel, et étranger à toute autre idée, tant et si long-tenips, que je crus que le vase et lui ne pourraient plus désormais être séparés Fun de Tautre. Enfin il me passa le vase presque vide, et je n*eus pas de peine à finir ce qu'il avait si bien commencé. Reprenant alors nos bâtons -, nous nous remîmes en route sans conserver aucune crainte des rayons du soleil.
En arrivant à son couvent, le derviche me présenta solennellement à ses frères, et je crus d'abord respirer la quintessence de la sainteté. Ils ne marchaient que les yeux baissés ; les domestiques interrompaient leur ouvrage par de pieuses oraisons; les chats même, comme celui de Mahomet, semblaient occupés h méditer sur le koran. Un mot que mon compagnon de voyage dit à Toreille du supérieur opéra un complet changement de scène ; on se débarrassa de tout cet extérieur de sainteté, et on célébra son retour par une orgie où les excès de tout genre furent portés si loin qu'elle ne m'inspira que le dégoût.
L'espèce de gravité que je ne pus m'empêcher dé conserver au milieu de ces scènes, qui n'avaient plus d'attraits pour moi, fut remarquée par lesderviches, et elle parut leurdonner de l'ombrage, n Frère, >• me dit l'un d'eux, « je pensais que nous étions des bâtons du même bois; me serais-je trompé? Plus nous agissons avec franchise, plus vous montrez de réserve. Que devons-nous en penser ? »
Je vis que ma situation n'était pas sans danger. « Si je ne souiïrais cruellement d'une blessure au pied , » lui répondis-je en affectant de la gaieté, « vous verriez que je ne le cède à aucun de vous. » Et je fis tant d'efforts pour prendre leur ton et me mettre à leur niveau , que je dissipai leurs soupçons. Je quittai le couvent le lendemain à la pointe du \qvvc ^ ^X \^ "«^^
pus m'empécher de sourire eD songeant que c'était par on excès de sagesse qoe j'avais coura quelque péril