CHAPITRE QUARANTE-TROISIÈME
neor, j'allai m'asseoîr près de lui : a L'homme qui a de justes sujets de crainte, » lui dis-je, « se construit une demeure sur un roc isolé , celui dont la conscience est tranquille habite au milieu de ses frères. « Il m'accueillit avec bonté : « Je vous porte envie , » me dit-il en soupirant.
Je lui montrai ses riches habita et les guenilles qui me couvraient : « N'importe, » s'écria-t-il, « une toile grossière attire quelquefois pins de considération qu'une robe de soie, et vous venez vous-même d*en faire l'épreuve. » Nous conversâmes ainsi assez long-temps, et il finit par m'inviler à loger chez lui. Son esprit n'était pas dénué de connaissances, et il n'en désirait que plus ardemment d'en acquérir davantage , ce qui lui était presque impossible parmi les gens avec lesquels il vivait. Je lui contai une partie de mon histoire ; il écouta surtout avec un grand intérêt les détails que je lui donnai sur les dogmes , les mœurs et les projelsdes Wahabiies. J'employai une grande partie de mon séjour à Heins à lui tracer l'histoire de ces sectaires, et, de son côté ^ il me conta en abrégé les principaux événements de sa vie.
« L'humble toit de mon père, » me dit-il, « servit d'asile à un cazi-asker * pendant un orage politique. Lorsque les événements permirent au magistrat de nous quitter, il crut pouvoir se dispenser de reconnaître par un présent l'hospitalité que mon père avait exercée à son égard, en lui conseillant de me placer dans une école, et en l'assurant qu'il pouvait compter sur sa protection. Jusqu'alors mon père ne s'était occupé qu'à fabriquer des pipes, mais cette promesse lui fit concevoir l'espérance de voir sortir de sa famille un des chefs de la magistrature ; il se priva presque du nécessaire pour me placer dans un medressé ^, où j'étudiai avec tant d'ardeur que ma santé en souffrit. Mon examen eut lieu le même jour que celui d'un sot, descendu d'une longue suite d'ancêtres particulièrement renommés par leur stupidité. Il obtint ses degrés aux applaudissements généraux, pour avoir répondu à une seule question d'une manière satisfaisante, et je me vis sur le point d'être refusé pour
1. chef de la magistrature turque. Il en existe deux, uu pour la Roumélie et un pour l'AnatoIie.