‹ AnastaseChapitre 348 sur 407 · CHAPITRE QUARANTE*TROmÈME. â7Q · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE*TROmÈME. â7Q

je Toofl ai mis à l*épreuve de la flatterie, qui est la pierre de touche des hommes, et les dispositions que j*ai reconnues en vous m'autorisent à vous faire part des offres brillantesde votre cousin. »

— « Qui aboutiront, » m'écriai-je, « à mettre ma patience à une nouvelle épreuve, à me tromper une seconde fois, et à me rendre la risée de tous ceux qui auront été instruits de ma crédulité. »

- — « Vous n'avez pas tout à fait tort de penser ainsi ; mais, pour vous prouver sa bonne foi, voici une lettre de crédit qu'il vous elïvoie , et qui vous indique des banquiers sur toute la route, depuis Gonstanlinople jusqu'à Trieste. Que risquez-vous de faire cette démarche? $, après vous être vus, vous ne tombez pas d'accord ensemble, vous aurez fait un voyage agréable qui ne vous aura rien coûté. »

Malgré cela, j'avais beaucoup de peine à me décider à aller m'établir pour la vie dans un pays dont les mœi^rs et les coutumes m'étaient entièrement étrangères; mais je pensai que je trouverais là plus de facilités pour l'éducation de mon fils que dans aucune contrée musulmane, et celte réflexion me décida. J'acceptai la lettre de crédit; je promis de me rendre à Trieste dès que j'aurais été chercher mon Alexis à Smyrne, et je ne pensai plus qu'aux préparatifs de mon départ. Malheureusement une maladie qui n'attendait pour survenir que le moment où j'aurais assez de loisir pour la soigner, et un coup dé poignard que je reçus une nuit pendant ma convalescence furent sur le point de me faire faire un plus long voyage. Il se passa huit mois avant que je fusse en état de partir.

Tout étant enfin disposé pour mon départ de Stamboul , je montai sur la colline couronnée par Nour-Osmany, et, du haut des imposantes, galeries de ce magnifique bâtiment , je jetai un dernier regard d'adieu à cette noble capitale , qui avait été le premier théâtre des jeux de ma jeunesse , que j'avais , durant la plus belle partie de ma vie , regardée toujours comme que patrie, et que j'allais probablement quitter pour jamais. Pour la dernière fois mes yeux, tout humectés de larmes, errèrent sur les collines diaprées , suivirent le cours tortueux des eaux , plongèrent dans les profondes et délicieuses petites baies qui entrecoupent le rivage brisé du Bosphore. De la riante diversité de ces faubourgs battus par les flots, Ye\evu\i\. ^w ^^svVc^ ^

&S0 MÉMOfRES D'UN GREC.

cette fille active , mes regards se portaient avec une douce et lente soccession, sur un chapelet uon iaterrompu de coupoles, sur ces bosquets de minces et él^ants minarets, sur ces avenues de portiques étincelants dont les attiques lancent leurs traits dorés à travers de sombres bouquets de cyprès jusque dans Fazur du ciel. Mon oeil se reposait sur toutes ces merveilles comme si je ne dusse plus les revoir; et ce ne fut qu'après que la chute du jour eut fait passer d*un brillant orange à la couleur de pourpre , et du pourpre au noir sombre de la nuit, le voile jeté sur cette scène si variée, que je ro*arracbai enfin à ce lien bien-aimé. Je dis alors un long , un éternel adieu à ia ville de Constantinople, et de la haute colline, descendu sur le rivage, je me jetai dans mon léger calque pour rejoindre le bâtiment qui devait me transporter dans d^autres lieux , tournai le dos au rivage et , enfoncé dans mes pensées , ne vis plus qae les vagues étincelantes que la lune traversait déjà de sa lumière tremblante et argentée comme pour m'indiquer ma route vers des terres inconnues.

Uu'^ seule pensée m'occupa pendant toute la traversée, c'était le plaisir qui m'attendait à mon arrivée lorsque je presserais mon fils contre mon sein. Quatre ans et demi s'étaient écoulés depuis l'instant qui lui avait donné le jour. Il devait être plein de grâces et d'amabilité , l'image vivante de sa mère. Mon impatience était lelle en débarquant , que je maudis mille fois les formalités ennuyeuses auxquelles sont assujettis les voyagçorsqui quittent l'élément liquide pour mettre le pied sur la terre-ferme.

Je traversai toute la ville sans m'arrêter , pour courir vers le faubourg où je devais trouver l'objet de toutes mes affections. Mais, quand j'arrivai devant cette chaumière obscure où ma victime infortunée avait offert au ciel ses dernières prières pour son bourreau , dans laquelle je m'étais trouvé si près d'elle un instant sans le savoir, où, bientôt après, elle avait rendu le dernier soupir , un nouvel accès de désespoir s'empara de mon âme, et l'amertume des regrets queje donnais à la mère fit évanouir la douceur que je me promettais de trouver dans les embnissements de mon fils. J'entrai enfin , mais ce fut pour m'éveiller du songe trompeur qui m'avait bercé si long-temps. Là l'appris, et par des étrangers, non-seulement que len^ociant

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