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CHAPITRE QUARANTE-QUATRIÈME

reliant sans cesse^ Ce qa*il y avait de certain , c^est que» quelle qu'en fût la cause ^ Thumeur de ces représentants des deux communautés était hautement enflammée ; plus d*une fois je m'attendis à une explosion qui eût été fatale à tous deux. Heu^ reusement il n'y eut de prodigué que des flots de paroles et mm des flots de sangv et nous eûmes la satisfaction de débarquer frère Diego et frère Giacoino, tout S faits sains de corps, mais fort malades d'esprit , sur le quai d'Alexandrie.

Je n'eus pas plus tôt mis le pied sur cette terre si désirée , que je demandai le chemin de la maison du c(msul qui m'avait été désigné. Gomme mon cœur battait en approchiant de ta porte I J'allais peut-être voir se rompre le dernier fil de mes es^ pérances ; je pouvais avofr ajouté foi à une histoire sans fon-» dément, et m'être ainsi> éloigné de mon fils en cherchant à m'en rapprocher. Je ft*appai à la porte d'une main trtemblante ; un domestique parut et m'apprit que le maître et la niaftr^M de la maison étaient absents.

-^ « N'ont4ls pas un enfant avec eux? »

— « Oui. »

— « Un enfant trouvé à Smyrne, appartenant à un étranger? »

— « Non^ il est entré dans la famille avec sa propre mèrei. » Cette réponse parut détruire tout mon eiq)oir; j'insistai ce-»

pendant :

— « Pourrais-je le voir? «

— « Il est allé se prometoef . »

^^ « De quel côté ? »

• — « Je n'en sais rien. »

Je \v dis que je reviendrais un autre jour , et je me retirai fort abattu, mais sans perdre tout à fait courage. Il était pos^ sii>le que ce domestique ne fût pas dans la confidence de seS maîtres, et que ceux-ci ne se souciassent pas d'avouer que ieuf petit protégé était un orphelin inconnu, abandonné. Je me mil donc à me promener en long et en large dans les environs de la maison, et je résolus d'y attendre le retour de l'enfant

Je lie fus pas long-temps à mon poste sans YtÀr de loin une femme conduisant par la main un enfant qui ne portait pas le cos^t«nie du pays. Sa figure m'était inconnue, et je vis sur-le-champ que ce n'élait point ctile à laqueUe |'aNfÂ% «Wi^% ^e»^ >kSseù^^

588 MÉMOIRES D*UN GfiEC.

« Ce ne peut être lui ! » soupirais-je en moi-mêffle. £t cependant cet enfant folâtrait en marchant d'une manière si vi?e, sa tenue était si droite et si ferme, sa figure si noble, Tair d'intérêt avec lequel il considérait tout ce qui se présentait à sa tuc était si intelligent et si pénétrant, que je ne pouvais m'empêcher de porler envie à ses heureux paraits, et que j'aurais volontiers cédé tous mes droits à réclamer ailleurs un fils, pour le droit d'appeler mien le trésor qui se présentait devant moi. « Ah I » me disais-je, « si du moins c'était là mon fib ! » Mais à mesure qu'il s'approchait et que par degrés je distinguai plus nettement ses traits et sa figure, que je pus embrasser plus distinctement de mes avides regards le contour de son front radieux , de ses joues veloutées et rosées , de ses lèvres de corail, et que surtout lui-même , d'un œil innocent et fripon à la fois, attacha sur moi ses longs regards pénétrants, ces regards dans lesquels m'apparaissait tout le ciel de son cœur , mon Dieu! à ce moment Euphrosyne tout entière se manifesta à mes sens et une conviction complète s'empara à l'instant de mon esprit; je sentis que cet enfant devait être, que c'était mon Alexis. Oui c'était mon fils que je contemplais devant moi.

Incapable de maîtriser mon émotion , je m'élançai vers lui , et j'allais saisir mon trésor, quand la femme qui le conduisait, alarmée de me voir accourir vers elle, le prit entre ses bras, et s'enfuit vers la maison en poussant de grands cris. Craignant d'augmenter ses craintes, je ralentis le pas, et la laissai rentrer. Alors je me présentai de nouveau à la porte, mais sans pouvoir obtenir qu'on me laissât entrer. « Jamais , » me répondit-on , « on n'admettait d'étrangers dans la maison en l'absence des maîtres. » Je demandai qu'on me laissât voir un instant mon Alexis : «Quelle^affaire pouvais-je avoir avec l'enfant? Voulaisje jeter. sur Inî quelque maléfice? » Je n'osai insister , de peur d'augmenter les soupçons que je voyais bien que j'in^irais ; et, me retirant, je me contentai de continuer ma promenade autour de la maison jusqu'au retour des maîtres»

Dès que je les eus vus rentrer , je frappai de nouveau et demandai à leur parler. On me fit attendre assez long-temps une réponse ; on délibérait sans doute sur mon admission. Enfin on vint ni'annoncer que ta dame du logis consentait à me recevoir

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