CHAPITRE QUARANTE-QUATRIÈME
ma jalousie, où je passais la journée les yeux fixés gur la porte du consul. Elle s'ouvrit vers nouf heures, et jVn vis sortir mon Alexis avec la femme qui en prenait soin. L'enfant, après avoir joué quelque temps, proûta d*un moment d'inattention de sa bonne, et courut se cacher précisément derrière le mur de ma maison , qui faisait le coin d'une rue. Ne pouvant résister au désir d'embrasser mon fils, désir que cette circonstance nie semblait favoriser , je sortis précipitamment de chez moi ; mais j'arrivai trop tard, il était déjà dans les bras de sa bonne, qu'il cherchait à dédommager, ci force de caresses, du moment d'inquiétude qu'il lui avait occasionné. Sourd à la voix de la prudence, je me précipitai sur lui, et le couvris des plus tendres baisers. La femme poussa de hauts cris ; trois ou quatre domestiques accoururent à l'instant ; et, ne voulant ni ne pouvant ro^ courir à la force, je me retirai tristement.
Je fus bien puni de cette faute. Depuis ce moment, mon fils ne sortit plus de la maison. Cinq jours entiers s'écoulèrent sans que je pusse seulement l'apercevoir; et je n'étais pas plus heureux la nuit, car je ne trouvai pas une seule fois Cirico au rendez- vous convenu. J'en conclus que, m'ayant trahi, il avait fait connaître mes desseins au consul pour s'assurer son appui, et que je devais renoncer à l'espoir , non-seulement de me re^ mettre en possession de mon fils, mais même de le revoir. Dès lors mon angoisse paternelle ne connut plus do bornes; et, n'écoutant plus les conseils de la raison, je parcourus, comme un insensé, comme un furieux , les rues, le quai, les places publiques, arrêtant les passants pour leur conter mon histiore, attroupant le peuple pour lui faire entendre les invectives et les imprécations que je vomissais contre le consul et sa femme, et pour l'exciter à m'aider à renverser leur maudite nidison.
Cette nouvelle équipée eut pour moi des suites encore plus graves que la première. Mourad, contre lequel j'a\ais combattu en bgypte, d'abord sous les drapeaux des beys insurgés , et ensuite sous ceux d'Hassan, Mourad, dont la figure portait une large cicatrice qui était mon ouvrage, exerçait l'autoriié suprême dans tout le nord de l'Egypte, et par conséquent à Alexandrie. Les usurpateurs de mes droits paternels avaient découvert qui j'étais; sachant que ]e ue çov\Nm ç.ww^^« ^>àx\i.
protection ni œr la justice de ce bey implacable « ils m'ayaient peint comme un émissaire de la Porte, cachant sous un faux prétexte le but véritable de mon voyage ; et, peu de jours après celui où j'avais vu mon Alexis pour la dernière fois, je reçus au point du jour une injonction formelle du gouverneur dé la ville de quitter TEgypte dans les vingt-quatre heures, sous peine de payer de ma tête ma désobéissance à ses ordres.
À ce dernier coup, je perdis le peu de raison qui me restait. « Voilà donc, » m*écriai-je, » mes cruels ennemis triomphants ! Ils me séparent à jamais du seul objet qui pût embellir ma pénible existence ! Eh! pourquoi chercher à la conserver? pourquoi ne pas enlever mon fils de vive force, ou périr dans cette tentative? » Je pris mon handjar, mes pistolets; je m'armai d'une hache, et j'allais me présenter chez le consul , résolu à enfoncer la porte de sa maison si l'on refusait de me rouvrir, quand un inconnu frappa à ma propre porte , me remit un billet et disparut.
Ce billet, écrit au crayon, était de Cirlco et ne'contenait que ces mots : « Vite aux catacombes ! » Malgré les soupçons qu'il m'avait inspirés, j'y courus sur-le-champ. Il y était déjà.
« Paix ! • s'écria-t-il d'un ton solennel en me voyant onvrir la bouche pour parler : « Le magnétisme, ce mystère qui est la clef de tous les autres, m'a déjà appris tout ce que vous voulez m'apprendre. Il m'aurait été facile de le prédire; mais à quoi bon annoncer les maux qu'on ne peut empêcher? »
— « Est-ce là tout ce que vous avez à me dire? »
— « Pas tout à fait. Aies harangues magnétiques ont fait naître de la componction dans le cœur du consul. Il est convaincu maintenant que votre enfant lui portera malheur, u
— « Que ne le rend-il donc à son père ? »
— « Une crainte supérieure l'en empêche. »
— « Quelle crainte?»
— « La plus forte pour lui : celle que lui inspire sa femme, en qui je n'ai jamais reconnu qu'une attraction négative. Il reconnaît vos droits, il voudrait que justice vous fût rendue, pourvu qu'il ne parût y contribuer en rien. En un mot il consent que vous vous empariez de votre fils par adresse ou par force. •