CHAPITRE XLV
Anastasc met le feu à la maison du consul et st'èrapare de son fils. — Il est poursuivi — Il parvient à s'embarquer avec lui, mais après une chute dangereuse. — • Il est pris par un corsaire maltais à la hauteur de Cérigo et mené à Malte. — Lazaret. — 11 se résout à rentrer incognito dans le giron de l'église. — Comparaison entre les habitudes de l'Orient et celles de l'Occident. — Il quitte le lazaret.
Je commençai par m'assurei; des moyens qui devaient cou* ronner la réussite de mon plan. Pour cela je me rendis sur le port, afin de m'informer si quelque bâtiment était prêt à mettre à la voile. Je trouvai heureusement ce que je cherchais; une polacre chargée de grains pour Ancône était déjà en rade, et n'attendait que la brise du soir pour lever l'ancre. Je convins avec le capitaine du prix de mon passage, ^\\ïà q^^ ^^ ^\L\^%
personnes qui devaient m*accompagner ; il promît de m*attendre et de prendre le large dès que je serais arrivé.
Ayant ainsi réglé mes affaires avec un des éléaients, il me restait à m'occuper d'un autre dont le secours ne m*était pas moins nécessaire ; mais le feu est un allié auquel on ne pent avoir recours sans quelque danger , et je ue fus pas peu em • barrasse pour trouver le moyen de l'employer de manière à donner l'alarme, sans m'exposer à passer pour incendiaire. Le gynécée, que je désirais surtout enfumer, était placé sur le derrière de la maison et protégé par un mur élevé qui ne permettait pas d'en approcher à la distance de plusieurs pas. Jeter dans cet espace des matières combustibles et y mettre le feu, c'eût été risquer d'incendier la maison, ce que je voulais éviter, mon but étant, comme je viens de le dire, de faire plus de peur que de ma). J'étais arrêté par cette difficulté, assez grande, ce me semble, pour faire hésiter même l'ingénieur le plus habile. J'imaginai enfin de suspendre par du fil d'archal de gros paquets de foin et de laine humide au bout de longs bâtons qu'on avancerait sous les fenêtres par-dessus le mur, après y avoir mis le feu.
Dès que la nuit fut arrivée, mes conf(?dérés firent leurs préparatifs près de l'endroit indiqué, et attendirent le signal que je devais leur donner. Pour moi j'avais établi mon poste derrière un mur, à deux pas de la porte de la maison, où je me cachai avec quelques autres afïldés. Dès que je présumai que le sommeil comblait de ses premières faveurs les habitants de la citadelle investie, je donnai, par un coup de sifflet, le signal de l'attaque, et bientôt on vit s'élever une épaisse colonne de fumée qui, pénétrant dans l'intérieur par toutes les ouvertures, y répandit la consternation. De grands cris « au feu ! » se firent entendre, et, en quelques minutes, il fut évident que chacun était sur pied dans la maison.
Les voisins éveillés par les cris commençaient à s'attrouper, et cependant la porte sur laquelle j'avais toujours les yeux fixés ne s'ouvrait pas encore; personne ne semblait songer à se sauver. Chaque minute me paraissait un siècle. La patrouille nocturne des Francs ne pouvait tarder à faire sa ronde; ma provision ^e combusUbles devait commencer à s'épuiser; mes soupçons