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CHAPITRE QUARANTE-CINQUIÈME

reviureut dans toute leur force : Cirico m'avait peut-être trahi; peut-être aussi le consul avait-il changé d'avis, et me faisait-il épier pour me surprendre en flagrant délit et m'accuser comme incendiaire. Enfin je réfléchissais si je ne devais pas renoncer à une entreprise désespérée, quand tout à coup la porte s'ouvrit, et j'en vis sortir à la hâte un nombre de femmes beaucoup plus grand que je n'en supposais dans la maison* A leur tête marchait, ou plutôt courait l'épouse du consul^ enveloppée d'une grande robe de chambre; Alexis la suivait dans les bras de sa bonne ; les autres femmes pâles et épouvantées formaient l'arrière-garde.

Il n'y avait pas un instant à perdre. Je me précipitai sur elles Il la tête de mes fidèles satellites; ils rompirent la ligne» isolèrent la femme qui portait mon fils, et, l'arrachant dVntre ses bras» malgré sa résistance, je ne songeai qu'à m'enfuir chargé de câî précieux fardeau ; mais la fuite ne fut pas aussi facile que je l'avais espéré. Celte femme, en me reconnaissant, avait poussé des cris épouvantables; et les spectateurs de cette scène, voyant un inconnu enlever un enfant et s'enfuir avec lui, se mirent sur-le-champ à ma poursuite sans examiner si j'avais le droit d'agir ainsi.

J'avais pour moi mon agilité et les ténèbres; mais ceux qui me poursuivaient étaient trop près de moi pour me perdre de vue ; et leurs cris avertissant tous ceux qui accouraient au bruit du feu, le nombre des ennemis qui me donnaient la chasse augmentait à chaque instant, et j'en voyais en face qui se préparaient à me barrer le chemin. J'étais assailli d'une grêle de pierres; mon Alexis en reçut une au visage qui lui fit jaillir le sang du nez. A cette vue, ma fureur ne connaissant plus de bornes , je tirai mon sabre sans m'arrêter un instant et m'ouvris passage en renversant trois ou quatre de ceux qui s'étaient postes pour s'opposer k ma fuite. Celte action ralentit la course des autres personnes qui me poursuivaient, et qui, craignant le même sort, se contentèrent de me suivre de plus loin en poussant de grands cris.

Cependant j'approchais du port; déjà je voyais la lanterne que Cirico était convenu d'allumer sur la barque pour me servir de fanal. J'avais une vingtaine de pas d'avance %wt m<^^^xivifo^\^\

je me croyais sauvé, lorsqa'entre moi et ce signal salotaire je ¥18 briller deux sabres qui semblaient me menacer. Ceux qui en étaient armés, devinant mon intention, au lieu de s'amuser à me poursuivre, avaient couru directement au port, et y attendaient mon arrivée. Ne voyant en face que deux hommes et ayant derrière moi toute une populace , le choix était facile à faire. Dans ce moment critique, j'appelai la ruse à mon aide ; faisant un signe de la main, comme si j'eusse parlé à quelques amis placés près de là : « Feu! feu! » m'écriai-je. Mes deux adversaires effrayés reculèrent quelques pas, regardant de tous côtés. Profitant de cet instant pour passer devant eux avec la rapidité de l'éclair, j'arrivai sur le bord de la mer ; je m'avançai sur un rocher à fleur d'eau auquel la barque était amarrée , et je pris mon élan pour m'y jeter. Malheureusement le pied me glissa, et je tombai dans la mer entre le rocher et la barque. Cirico, qui m'attendait en cet endroit, eut la présence d'esprit de saisir mon fils et de le remettre aux matelots, qui se précipitèrent du côté où j'étais tombé pour me donner du secours; mais leur zèle me fut plus nuisible qu'utile. Pressé entre la chaloupe et le rocher par le poids de leurs corps, je fus retiré de cette situation dangereuse avec trois côtes enfoncées, la poitrine meurtrie, le dos déchiré, et vomissant le sang à grands flots ; aussitôt je perdis connaissance.

Quand je revins à moi, j'étais sur le navire, qui voguait ï pleines voiles , et nous étions déjà loin des côtes. Le premier mot que je prononçai fut |M)ur demander mon fils. On me le montra sur un lit placé dans ma cabine, où il dormait du sommeil de l'innocence. On avait été effrayé de le voir arriver couvert de sang; mais, quand on lui eut lavé le visage, on reconnut que sa blessure n'était rien , et que ses cris n'étaient causés que par la douleur qu'il éprouvait d'être séparé des objets de son affection.

£n effet, arraché, au milieu de la nuit, à ceux qu'il aimait et qui avaient pris soin de son enfance , enlevé de la maison de ses bienfaiteurs par un inconnu attaquant, le sabre à la main, ceux qui voulaient lui disputer sa proie, blessé d'an coup de pierre, jeté à bord d'un navire où il ne voyait que des marins couverts de guenilles , et dont les caresses même

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