‹ AnastaseChapitre 366 sur 407 · CHAPITRE QUAAANΣ-S1XIÈME. 6ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUAAANΣ-S1XIÈME. 6ii

— « A on étranger. »

— « Sans doute, mais de quel pays? »

— « D'un pays où vous n'avez pas dessein de retourner. »

— « Et quel est mon nom ? »

— « Un signe de christianisme que vous aviez rejeté quand vous Tiviez parmi les Turcs. »

— « Vous m'avez donc vu sans masque ?»

— « Mes yeux pénètrent facilement sous le masque et sous les vêtements. »

— « Et que voyez- vous sous les miens? »

•— « Une peau d'âne. » i

Cette dernière réponse m'irrita ; le magicien s*en ap^ut l cr Ne vous fâchez pas , » continua-t-il , u rougissez-vous de conserver le dernier souvenir d'un ami ? Le porte-feuille de Spiii* dion commence-t-il k peser sur votre cœur ? »

A ces mots, ma surprise augmenta. Ce porte-feuille, sacré pour moi, était véritablement composé de la substance à laquelle on donne ce nom vulgaire ; je le portais toujours sur moi ; mais comment ce prétendu sorcier avait-il pu apprendre cette drconst^nce? « Qui donc êtes-vous? » m*écriai-je. — « Je ne suis pas venu ici pour vous le dire ; mais revenez-y demain à la même heure, et osez me suivre quand vous me verrez sortir. »

Je le lui promis, et je tins ma promesse. Nous sortîmes en-; .. semble. Après avoir parcouru quelques rues, le sorcier me fit. e»trei* dans une maison de peu d'apparence , et , m'ayant lait monter au quatrième étage , m'introduisit dans une Chambre où deux lampes ne répandaient qu'une faible clailé.

Là, il se démasqua; et, à ma grande surprise ^ je vis des traits qui m'étaient entièrement inconnus.

V Maintenant, lui dis-je, apprenez-moi qui... n

— « Les morts seuls répondent ici aux quesiioos^ « répoiidit-il I « évoquez celui que vous désirez voir. •

D'une voix tremblante , je prononçai le nom d'Ëupht'osynei le sorcrer secoua la tête. Je nommai Hélène ; il fi-onça le sourcil. Je demandai à voir AnagnostL « Quel démon, » s'ccria^t-ili « vous porte à nommer tous les êures auxquds vous aves été funeste 7.»)»

él2 MÉMOIRES D*UN GREC.

— t Vous n'avez pas le poaToir de faire paraître les morts? » lui dis-je d*on ton de dédain.

— « Nommez qodqu'un à qui vous ayez rendu service ; Cirico , par eiemple, »

— « Cirico n*est pas mort. »

— f II est mort hier soir à Alexandrie; il s*est endormi d*ud sommeil magnétique dont il ne peut plus s'éveiller. »

i^ « Eh bien ! soit , Cirico. »

L'inconnu frappa du pied : les deux lampes s'éteignirent d'elles-mêmes. Un point lumineux parut dans un lointain immense; il se développa peu à peu , prit la forme humaine , et, à mesure qu'il s'avançait vers moi , je reconnus tous les traits de Cirico ; il s'arrêta à quelques pas de moi. Je courus à lui en lui tendant les bras ; mais son image disparut , et je ne trouvai que le vide où je croyais embrasser un corps.

Etonné de cette circonstance, je fis quelques pas en arrière, et Cirico parut de nouveau à mes yeux. Je courus encore i lui ; mais pour celte fois , ce n'était plus une ombre , c'était bien l'improvisateur lui-même que je serrais dans mes bras , et dont je n'avais vu d'abord que l'image réfléchie par une illu^ sion d'optique qui m'était inconnue.

« Est-ce bien vous, Cirico? » m'écriai-je.

— « Moi-même, » répondit-il. « MSiis laissons mon ami Gaé* tano mettre en ordre son attirail magique, et entrons dans quelque café où nous puissions causer tout à notre aise. »

Nous y étant fait servir quelques rafraîchissements : « Quand vous quittâtes l'Egypte , » me dit le poète , « je venais de tuer la dernière princesse de ma tragédie et recueillir le dernier sequin de mon patron ; je résolus donc de retourner en Italie, ne fût-ce que pour réclamer le diamant qui brille à votre doigt, et que vous m'aviez promis; promesse que l'accident qui vous arriva en partant d'Alexandrie vous empêcha d'exécuter. Le moindre de mes embarras était d'alléguer un prétexte plausible pour quitter le consul. Je mis en avant le désir de faire exécuter les opéras improvisés pendant mon prétendu sommeil magnétique. Je regardais ce fruit de mes veilles comme ra'appartenant bien légitimement; mais mon^ consul m'en disputa la propriété, attendu, disait-il, que ce n'était que le résultat de ses inspira*

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