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CHAPITRE QUARANTE-SIXIÈME

née par des chevaux. Mon cœur battit vivement en approchant de l'ancienne maîtresse du monde , de la ville éternelle , de la cité qui avait porté la destruction en Grèce. Mais hélas! si celui qui parle de la vieille Rome est frappé d'une idée de grandeur et de force, celui qui voit la Rome de nos jours n'y aperçoit que décadence et faiblesse. Ce sont les membres d'un géant abattu et déjà en proie à la corruption. Les troupeaux paissent où s'élevait l'autel de Jupiter ; le silence règne dans celte arène où 80,000 spectateurs venaient repaître leurs yeux, avec une curiosité cruelle , des combats sanglants de gladia* teurs. Des monuifients d'une date plus récente s'élèvent sur la place de ceux qui n'existent plus , de même que le champignon croît sur les débris de plus nobles substances.

Silva avait une tournure d'esprit satirique, u Ces gens-là , » me dit-il , » ne peuvent empêcher le soleil de leur beau climat de briller aux heures accoutumées , mais ils construisent leurs rues de manière que ses rayons bienfaisants ne puissent y pénétrer. Il leur serait impossible d'arrêter la riche végétation d'un sol fertile, de parfumer l'air qu'on respire; mais ils neutralisent cet avantage par les tas d'immondices fétides qu'ils accumulent à chaque pas. Ils feraient de vains efforts pour dépouiller le printemps de son ancien privilège, d'émailler de fleurs les montagnes et les vallées, les bosquets et les jardins; mais, pour ne laisser aucun doute sur le peu de prix qu'ils attachent aux beautés de la nature, ils restent enfermés dans leur ville em^ pestée jusqu'à ce que le souffle de l'automne ait flétri les feuilles et desséché la verdure. Ils ne cherchent pas à suspendre le cours des ruisseaux de cristal qui descendent des collines, mais on les voit, négligeant les ressources que leur offrent ces eaux limpides , laisser leurs égouts répandre au« loin des miasmes putrides qui changent une campagne salubre en un marais pestilentiel. Ils ne peuvent plonger dans les plus pro* fondes retraites du cerveau humain pour y corrompre , dans leur premier germe , les plus brillantes facultés de l'intelligence; mais, dirigeant les développements de la raison humaine comme les Chinois dirigent ceux de leurs pêchers et de leurs pruniers, ils entourent les plus tendres bourgeons de Tintelligence par des liens si subtils, religieux , po\\V\i]^^ crai ^j(^Aa9Q:i.^^s^

616 MÉMOI]t£S D'Vïi GREC.

de géants qu'ils auraient vu croître ils font des nains. Leurs vieux manuscrits restent là sans qu*on puisse en prendre connaissance, et leur vieille cité est descendue de ses sept collines dans la pourriture d'en bas. Leurs arbres sont travaillés par le ciseau de manière à paraître des hommes , et les hommes de manière à devenir des chanteurs. Dans leur fameux tableau du Jugement dernier^ le ciel paraît plus lugubre encore que l'enfer. Quant à leurs lois, elles font regarder comme infâme, non le brigand, mais le magistrat, le hargeHo. Leurs tribunaux vendent la justice au plus offrant, et leui*s églises servent de refuge aux plus grands criminels. Le temple immense au haut duquel nous sommes maintenant (car c'est du dôme même de Saint-Pierre que se fulminait celte amère diatribe), bâti, aux frais de tout le monde romain , sur des fondements qui penchent et avec une coupole qui se fend, offre aussi des confessionnaux dans toutes les langues et des absolutions pour tous les péchés. La retraite des couvents est l'école où doit se former le souverain. Le renoncement au monde est le préliminaire de l'art de le gouverner, et la décrépitude de la vieillesse la première recommandation du candidat qui brigue le pouvoir suprême. La vigueur capable de manier les rênes de l'empire est un motif d'exclusion du trône ponliGcal. Ceux qui aspirent au gouvernement du pays doivent se priver de toutes les douceurs de la vie matrimoniale , et il faut avoir renoncé à toute chance d'issue légitime avant de pouvoir atteindre aux honneurs, que partout ailleurs on ne brigue que pour les transmettre à ses enfants. Aussi les neveux se glissent-ils ici à la place des Cls, et la politique de l'homme d'Etat devient doublement tortueuse, par suite de l'obliquité de la ligne que doivent suivre les affections. Le mot vertu existe beaucoup dans leur langue, mais il n'est appliqué qu'aux virtuoses dans la science du chant. Quantau courage, c'est une qualité que vendent depuis si long-temps ce qu'ils appellent les i?raves de profession, qu'elle a cessé d'être à la mode, et que la lâcheté, déguisée sous le nom de prudence, est le caractère distinctif, non-seulement des prêtres, mais des cavaliers. Allez voir un ami en plein jour , on vous examinera à travers une petite grille pratiquée dans la porte , afin de savoir i l'on peut vous faire enti;pr. Sortez pendant la nuit, on vous

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