‹ AnastaseChapitre 370 sur 407 · Le traité de Toleniiuo. B · texte numérisé non relu

Le traité de Toleniiuo. B

2. Par le traité de Toleiuino, les plus belles provinces du Patrimoine de saint Pierre et les plus belles statues du Vatican Civt^wV ^i^«.«.% ^\n:v Français en indemnité de» frais de guerre. 1^.

' Noas noQS ) rendîmes; et quand je vis les belles formes de TApoUon « de la Vénus et des autres dieux et déesses « je dois avouer que j'éprouyai un grand plaisir. Je pardonnai au paganisme , et j*aurai8 presque désiré avoir vécu parmi les grands hommes qui avaient plié sous le joug de cette religion attrayante.

A peine élions^nous rentrés dans notre auberge qu'un ami de Silva vint le trouver pour lui conseiller de quitter Rome à l'instant , s'il ne voulait être enterré tout vivant dans le mausolée que l'empereur Adrien n'avait fait construire que pour y être placé après sa mort.

« Qu'ai-je donc fait, » dit Silva» « pour mériter rbooneor d'être traité en criminel d'£tat 7 Sous ce gouvernement indulgent on m'aurait pardonné l'assassinat , le blasphème , la profanation. Aurais-je dit que le pape. appauvrit ses sujets pour enrichir son neveu Braschi? que ce neveu a vendu l'Ëtat pour acheter les Marais Pootins? que les camées du prince Borghèiie sont modernes? que les charmes de la princesse Lanti sont antiques T Ai'je enûn admiré l'esprit de Pasquin et critiqué la jambe de Pie Y 17»

-— « Vous avez rendu le salut au scélérat Cagliostro^ » lui dit son ami , « et vous avez dit qu'on pouvait être franc-maçon sans être un traître. »

•-« « Puisqu^il en est ainsi, » dit Silva, «parlonssur*le-champ. Si j'eusse commis quelque crime véritable, je serais sans inquiétude; mais il n'y a pas de ressources pour celui qui est accusé de crimes imaginaires. »

Nous partîmes donc ce même soir, en dépit des blanches neiges qui nous menaçaient sur les Apennins. Je laissai sans exécution mille et mille plans que j'avais conçus pour mon Alexis; mais je me croyais obligé à ne pas rester après le départ de Silva. liln contemplant, de la dernière colline d'où l'on découvre Rome, comme la peinture d'un pinceau délicat sur le voile d'or jeté par le soleil couchant , cette longue suite de dômes de pourpre, si magnitiques en apparence et destinés à un si prompt déclin, et en revenant par la pensée sur la marche accélérée de mon propre corps vers sa dissolution finale, j'éprouvai , je l'avoue , un amer soulagement à penser que, comme les plus humbles

CHAI^ITRE QtARAÏSTE-SIXIÈME. 6iiï

ètrês, les empires les plas fiers du temps présent se hâtaient d'arriver à leur fin prochaîne et inévitable.

Je crus que nous n*en finirions jamais de nous élever sur les montagnes. A Narni nous trouvâmes que tous les chevaut avaient été retenus pour Arezzo, à Terni tout autant, à Spoleto de même et aussi à Foligno. Je commençai à me plaindre^ mais mes plaintes excitèrent peu d'attention. Quand les saints font des miracles , me répondit-on , les pécheurs doivent rester chez eux. » Le miracle était de voir la madone d'Aretzo mouvoir vivement ses yeux ; mais c'était là une source d'opulence pour l'église en détresse i et le plus sûr était de nous taire. « La vérité , me disait Silva , est un mauvais compagnon de voyage. » Après avoir traversé plusieurs belles villes qui semblaient les habitations abandonnées des Titans occupées par une race de pygmées, nous arrivâmes à la sainte maison de Loreite et de là à Ancône. Là, Silva me pressa de l'accompagner à Venise. • 11 est vrai i » me dit-il , « que le soleil de Saint-Marc a cessé de luire ; ses fiers aristocrates ont si long-temps réfléchi sur le choix du maître auquel ils se vendraient^ que le marché s'est conclu sans leur entremise; mais, quoique l'Autriche ait avalé rbuître, les écailles vides brillent encore et méritent d'être vues. »

« Silva , * lui répondis-je , « si j'étais encore ce que je fus autrefois, je pourrais désirer de ne pas rester simple spectateur des grands changements qui s'opèrent dans toute la chrélienté. Dans un moment où on laboure toutes les anciennes monarchies de l'Europe pour y semer des germes qu'on prétend-devoir rapporter de meilleurs fruits, on m'aurait vu sans doute me présenter pour mettre aussi la main à la charrue ; mais il ne faut que me regarder pour voir que le ciel me refuse maintenant le courage et les forces nécessaires à cette entreprise. « Voici, » ajou(ai-je en passant la main sur la tête d'Alexis, « voici aujourd'hui le seul objet de toutes mes sollicitudes. Lorsque je l'aorai placé dans un endroit où il ne restera aucune inquiétude sur son sort à venir; je laisserai la Providence disposer de moi à son gré. Allez à Venise ; quant à moi, il faut, sous le bon plaisir des vents et des vagues, que je me rende à Trieste. »

Mais il ne plut pas à ces puissances capricieuses de rendue

facile ma traversée dans la petite felouqae sur laquelle je m'embarquai le lendemain du jour où je venais de célébrer le sixième anniversaire de la naissance de mon fils. A peine avions-nous été ^ix heures en mer , qu*il s*éleva du nord-ouest un vent furieux qui fut suivi d'une tempête épouvantable. Le reîs prit toutes les mesures usitées en pareil cas; mais l'ouragan augmentait de force à chaque instant, et des vagues, semblables à des montagnes, couvraient sans cesse le bâtiment. Bientôt nous fîmes une voie d'eau , et la mer entrait si rapidement que l'équipage suflBsait à peine pom: travailler aux pompes. Je mis la main à l'œuvre comme les autres, quoique mon état de faiblesse rendit mes secours de bien peu d'importance.

Dans cette extrémité» et contre toutes les règles du bon sens, le reîs résolut de chercher un abri entre deux petites iles voisines sur les côtes de la Dalmatie. Ce fut en vain que je lui fis sentir le danger que nous courions , ou de nous briser contre quelque écueil caché sous les eaux , ou d'échouer sur le rivage ; tout fut inutile , et nous n'avions guère que l'alternative entre ces deux malheurs , quand la tempête cessa tout à coup , et nous permit d'entrer dans une petite crique de l'île de Melada , pour y réparer nos agrès et fermer la voie d'eau. Nous y trouvâmes un bâtiment ragusain que le même motif y avait conduit. Malheureusement , il régnait des maladies dans son équipage ; les matelots des deux navires avaient eu des communications ensemble, et nous prévîmes, à notre grande consternation , qu'il faudrait nous résoudre à faire une quarantaine en arrivant à Trieste.

Je me souvins alors qu'à minuit précis , à l'instant où la tempête était dans sa plus grande force , un éclair épouvantable m'avait fait voir un instant dans les nuages ce spectre funeste, si redouté des matelots , ce vaisseau qui , disent-ils , parcourt sans cesse les airs avec une rapidité incroyable , et qui annonce la destruclion des équipages qui l'aperçoivent. La tempête étant apaisée , on en conclut que la peste était l'ennemi que nous avions à craindre ; on ne perdit pas cependant tout espoir, parce que j'étais le seul qui eût vu la fatale apparition.

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