‹ AnastaseChapitre 375 sur 407 · CHAPITRE QUARANTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-SEPTIÈME

Les joues deSpiridion se couvrirent, en m*entendant, d*une légère rougeur. D'une voix peu rassurée il chercha à me faire agréer une excuse sortie aussi peu de son cœur qu'elle atteignait le mien; et^ cherchant à se rendre maître de l'émotion . qni s'emparait de lui, il m'indiqua où il allait loger et me pria de venir le voir.

Cette contrainte de ses excuses, par lesquelles il cherchait à arracher le poignard qu'il avait enfonce dans mon sein, ne fit qu'augmenter mes douleurs. J'inclinai la tête pour remercier, la relevai promptement avec la conscience de mon indépendance, et laissant, comme pour dernier legs, à l'ami de ma jeunesse, un léger sourire de reproche, je me h^ta( de m'éîoigner.

Aussitôt que j*eus perdu Spiridion de vue, je retournai sur mes pas et rentrai chez moi. Toutes mes auaires à Trieste étaient terminées ; ma voilure de poste était approchée, les chevaux attelés» mejs malles attachées.

Parmi les pierres précieuses que je m*étais réservées à Khedieh, était un rubis d^une beauté remarquable, Pressé souvent de me défaire de celte pierre précieuse , j'avais toujours refusé de m'en séparer. Je l'avais mise de côté, parce que j'aimais à la regarder quelquefois, peut être aussi pour pouvoir remployer un jour à me gagner quelque puissant patron. Mais j'étais devenu indiflereiit à tout ce qui m'avait plu, étjen^ivais plus besoin d'aucun patron dans ce monde. Je pris mon rubis, l'enveloppai dans un papier, le glissai dans les plis du portefeuille que m'avait autrefois laissé Spiridion et que je n'avais jamais cessé de porter sur mon sein, et, enveloppant ce mémorandum bien plus précieux pour moi que tous les rubis, je renvoyai à l'ancien compagnon de mon enfance, avec la suscriplion suivante :

« A celui qui pour son ami a donné autrefois tout ce qu'il possédait , et dont le dévouement passé excite d'autant plus de gratitude qu'il ne saurait plus lui servir de rien, Anastase, riche d'inutiles joyaux , pauvre de tout le reste, envoie ce dernier gage d'une ancienne alTection et d'une impérissable reconnaissance. »

Je n'avais pas plutôt envoyé ma missive c^ue [e <\uitlal tcte&te.

«33 BfÉMOIRES D*UN GREC.

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