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CHAPITRE XLVIII

Anastaie passe sa vie en revue. — Vision d'Ânasu&e. — Il achète une chaumière pour s'y fixer. — Il se laisse persuader d'écrire ses niémoircs k trente^inq aos , mais déjà vieilli par le chagrin et les maladies. — CooclttsioQ.

J'aYais dessein de voyager toute la nuit; mais, au second relais, le manque de chevaux me força à m'arrêter. Je demandai du feu, de quoi souper et un lit. La fille d'auberge remplit le poêle de bois et l'alluma, plaça devant moi un morceau de viande froide et une bouteille de vin , et me montra dans un coin de la chambre une espèce de montagne d'édredon qui devait me servir de lit.

Ayant fini de souper, et les coudes appuyés sur le poêle qui s'échauffait lentement, je tombai dans une rêverie pendant laquelle passèrent successivement devant mon imagination toutes les vicissitudes qui avaient composé pour moi ce songe si court qu'on appelle la vie humaine. Je remontai d'abord jusqu'à l'époque la plus reculée dont il restât quelques traces dans mon souvenir. Je me vis d'abord habitant la maison de mon père, occupé des jeux et des espiègleries de mon enfance ; je me rappelai les moindres incidents arrivés dans ma famille , j'en vis tous les membres, je reconnus leurs voix, je les entendis rire, causer, gronder. Bientôt Hélène parut à me» yeux; je goûtai pour la première fois les fruits doux et amers de l'amour , et ma fuite honteuse du lieu de ma naissance termina le premier chapitre de mon histoire.

Mon cœur tressaillit encore en songeant avec quelle ivresse, les lèvres à peine couvertes d'un léger duvet, j'entendis les éloges que me valurent mes premiers exploits dans les plaines de la AJorée. La main glacée de la mort avait depuis long-temps fermé la bouche d'Hassan, mais les louanges qu'il m'avait ac« cordées retentissaient encore à mes oreilles.

Lancé ensuite dans le tourbillon de la capitale^ je ne pus retenir un sourire en pensant au docteur juif, ni un frémissement en me rappelant le bagne. Je détournai les yeux en voyant Ana-

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