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CHAPITRE QUARANTE-HUITIÈME

gnostî se présentera moi, pâle, sanglant, et ayant encore dans la poitrine mon poignard meurtrier Pour fuir cette image épouvantable, je traversai la mer, j'entrai dans les plaines de rÉgypte, et je m*y vis tour à tour kiachef chargé de richesses et d'honneurs ; puis proscrit , fuyant pour sauver une misérable vie. Humble hadgi, je fis sur mes genoux le tour de la Kaaba; et, petit-maîirc effronté, je me livrai sans remords à ce que j'appelais les plaisirs de Stamboul.

Là, je vis Spiridion! Spiridion, mon seul et mon véritable ami ! Séparé de lui par ma faute, je recommençai mes courses vagabondes, soldat de fortune au Caire, guerrier dans la Valachie, et négociant sur le Bosphore.

Mais Smyrne ! mais Ëuphrosyne ! Cette pensée me déchirait l'âme. Je m'enfonçai dans le désert pour la bannir, et je me joignis aux sectaires les plus entreprenants. Devenu tendre époux, je reçus le premier châtiment de la justice céleste en perdant une femme passionnée et vertueuse près de me rendre père. Je quittai les Wahabites; je me joignis aux tribus errantes du désert, et, sous ces dernières bannières, je fondai ma fortune dans les plaines de Khedieh. Cachant mes richesses sous des haillons, je me dirigeai vers l'occident ; et, volant à Âlexandiûe sur les ailes de l'amour paternel, j*y cherchai, j'y trouvai^ j'y conquis mon Alexis.

Oh que ne puis-je terminer ici le dernier chapitre d^'une vie si agitée! Pourquoi faut>il qu'à la perte de tant de parents, d'amis, de protecteurs, balayés successivement de la surface de la terre, j'aie à ajouter celle.... Mais c'était la foudre de la vengeance céleste; et maintenant, écrasé par ce coup terrible, il ne me restait qu'à succomber à des chagrins d'autant plus cuisants que je n'avais personne pour les adoucir en les partageant; je devais passer le peu de jours qui me restaient à verser des larmes semblables à des gouttes de pluie qui tombent dans la mer, et n'y laissent aucune trace après elles. *

Plongé dans ces tristes réflexions, je tombai dans un abatte* ment si profond que, pour tâcher d'en sortir, je bus coup sur coup la bouteille de vin que j'avais devant moi, et me jetai ensuite sur mon lit sans me déshabiller, pour y attendre qu'on vînt m'avertir que les chevaux étaient aiTVNé^,

e34 MÉMOIRES D'UH GREC.

J*y trooYai le sommeil, mais non le repos. Une espèce d'agi* talion fébrile fit passer sous mes yeut la continuation du roman de ma vie. Je rêvai que j'étais mort , et près d*être placé daos le cercueil. Déjà les flambeaux funéraires jetaient autour de moi une lueur sombre; mes membres avaient perdu la faculté de se mouvoir, mais met yeui conservaient oelle de voir, mes oreilles celle d'entendre, mon cerveau celle de comprendre ce qui se passait autour de moi.

Je crus toir voltiger dans les airs une fouie de personnes dont je n'apercevais que les bustes. Tantôt quelques-unes s'approchaient de moi, comme pour me considérer de plus près, et je reconnaissais alors plusieurs des êtres qui avaient eu le plus d'influence sur ma vie, comme mon père, ma mère^ Hélène, Mavroyeni et beaucoup d'autres. Ils s'éloignaient ensuite pour faire place à de nouveaux personnages qui, après avoir satisfait leur curiosité, s'évanouissaient à leur tour, et étaient remplacés par d'autres qui venaient faire les mêmes évolutions. De toute cette assemblée muette, Il ne resta que deui personnages dont les traits me parurent d*abord inconnus ; mais, en s'avançant vers mol, ils prirent la ressemblance, Tun d'Ëuphrosyne, l'autre d'un vénérable prêtre que j'avais connu à Péra. Ëupfarosyne , de même que les autres fantômes qui l'avaient précédée, me contempla en silence pendant quelques instants; et, quoiqu'elle semblât accorder le sourire du pardon à celui qui avait causé tous les malheurs de sa courte existence , elle avait un air sombre et funèbre qui me faisait frissonner. Plu sieurs fois elle me fit signe d'aller la joindre , mais mes membres roides et engourdis me refusaient leur service. Enfin le vieux prêtre parla : <» C'est en vain, » dit-il, « que vous cherchez à vous réunir; les sentiers que vous suiviez dans la vie * ne peuvent Vous rapprocher l'un de l'autre. » A ces mots il disparut.

« Ah ! » s'écria en pleurant Euphrosyhe , dont la voix douce pénétra jusqti'au fond de mon âme , « s'il ne peut venir è moi, je puis aller à lui ! » et, me tendant les bras, elle se précipita sur moi. Il me sembla qu'une masse de plomb venait de me tomber sur la poitrine, et m'ôtait la respiration. Je cherchai à respirer -^ k me débarrasser dti poids qui m'élouffalt; mais plus Je faisais

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