CHAPITRE QUARANTE-HUITIÈME
l'uniformité. « Que Tarbre de ma vie soit abattu , » m'étais-je êcrlé, « lorsque sa cime sera encore couronnée de branches Verdoyantes , et avant que son tronc flétri par le temps soit hoi*s d*état de prêter son abri à ceux qui chercheront le repos BOUS son ombrage I Que je ne survive pas à ceux qui pourraient donner une larme à ma mémoire, pour devenir Tobjet du mépris et de la dérision de ceux qui sont destinés à me survivre! »
Si tels étaient alors mes souhaits , pourquoi aurais-je désiré de vivre plus long -temps, quand, après avoir complètement épuisé tout ce que j*avais eu autrefois de forces et de courage, il ne me restait plus qu^un ver rongeur qui déchirait sans cesse mon cœur et en dévorait la substance; quand tout ce que j*aimais, tout ce que je haïssais, m*ayant précédé dans la tombe, mon âme flétrie n'était plus susceptible de rallumer une étincelle d'affection ou d'animosité? Aurais-je voulu rester comme le chêne frappé de la foudre dans le désert , pour être un mo* Dument vivant de la colère céleste? J'étais bien éloigné dede*^ mander à Dieu cette faveur.
Mais alors à quoi bon courir si loin pour chercher ce que je pouvais trouver si près? N'étais-je pas sûr d'avoir partout un tombeau?
Je pris sur-le-champ ma résolution. A quelques lieues de là^ j'avais remarqué une jolie chaumière , à peu de distance d'un village situé dans une belle vallée, dont les environs présentaient un aspect solitaire et romantique. « Pourquoi ne m'y 6xerais-je pas? » me demandai-je à moi-même : « Mon or, cet or qui m'est si inutile , si indifférent , ne pourra-t-il pas déter* miner les propriétaires à m'en céder la jouissance pour le peu de temps que mon corps usé a encore besoin d'un abri sur la surface de la terre? ^
Je résolus d'en faire l'épreuve , mais je trouvai des obstacles auxquels je ne m'attendais pas. Mon postillon , véritable Al-^ lemand, était un automate qui, pendant toute sa course, ne pouvait se mouvoir qu'en scdvant l'impulsion qu'il avait reçue en la commençant. Jamais il ne lui était arrivé de s'arrêter à mi-chemin pour retourner sur ses pas. 11 continua donc de marcher en ayant, malgré mes ordres el me^ m^u\v<u^\\^^»:^i^^
lev^ wr sa t<fe, le pistolei dirigé ven w poUriiie, n» poreni ébraoler sa résolutioo ; il sa serait laissé tuer sur place plutôt que de consentir è une pareille innovation. Il fallut que mon domestique le jetât à bas de son cheval et prit sa place, pour que je pusse eSbctuer mon mouvement rétrograde, ce que je ne re|[ardaî pas comme un de mes moindres exploits.
Je ne rencontrai pas moins de difficultés dans l'affaire qa'il me restait à traicer. Les propriétaires de la chaumière, aus^ lenu et aussi opiniâtres que mon postillon , voulaient avoir le temps de réfléchir sur une proposition si extraordinaires ils ne pouvaient prendre un parti avec tant de précipitation. U seule chose à laquelle ils parvinrent d'abord à se décider, après avoir beaucoup hésité, fut de me permettre la jouissance de leur chaumière pour une époque si reeulée que, d'après toutes les apparences, j'aurais été en pleine possession d« ma dernièrede* meure avant qu'elle arrivât. Enfin , mon teint plombé , mes yeux éteints, ma maigreur, une toux fréquente et mes offres avantageuses les déterminèrent à me céder leur habitation ; encore vis-je rmstant où ils mettraient pour condition i ce marché que je mourraia dans un délai convenu* Enfin raffairo fut conclue; je me trouvais propriétaire à vie de la jolie chaumière; et ses anciens maîtres se retirèrent chargés d'or , charmés de leur bonne fortune, et surpris de b ïmt^m qui me faisait payer si cher leur complaisance.
Assuré d'un asile pour le peu de temps que je croyais avoir encore i vivre , j'y ajoutai tout ce qui pouvait le reudre plus commode et plus agréable ; et je fis même venir un médecin de la ville voisine pour tâcher de rendre mon marché le moins onéreux possible. Après m'avoir longuement interrogé et avoir pesamment disserté sur tous les symptômes de ma maladie, lo docteur secoua la tête et me dit fort judieieusemeni : que je pouvais trahier encore quelque temps ou ipourir très^prochainemept , niais que , dans tous les cas , je ferais bien de suivre scrupuleusement nm ordonnances. Il m'apporta des remèdes de toute espèce : j*eus soin de n'en prendre aucun ; et , malgré cette précaution , ma falUesse augmenta à un tel point que je me trouvais fatigué quand j'avais fait le tour de mm petit )rdio;