‹ AnastaseChapitre 42 sur 407 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Il s'attendait évideinment que je lui ré(>ondia<ie « Fort à mon goût ! » mais j'étais mécontent de Tair d*arrogancc avec lequel j'avais été reçu à Thérapia, et je lui répondis : « Nullement agréable. »

Il me regarda d'un air surpris, et je sentis que j'avais été trop loin. » Si tous les Grecs que j'y vois vous ressemblaient, » ajoutaije, « ce sérail un vrai paradis ; mais il semble que cette capitale change la nature de tout ce qu'elle contient. Mes concitoyens, si gais, si légers à Chios, prennent au Fanar un air d'importance et de gravité. D'ailleurs on y fait une différence trop grande, trop mortifiante, entre les chrétiens et les mahométans. I^ peu de musulmans qui se trouvent à Chios y voient les rayas sur le pied de l'égalité; ils regardent presque comme une faveur d'être admis à leurs fêtes ; mais ici les plus nobles des Grecs , vous seul excepté , sont exposés tous les jours aux insultes du dernier des Turcs. Sans mes principes , j'aimerais mieux être un portefaix turc qu'un prince grec. »

«Vous vous trompez, Anasiase, » dit Mavroyeni après un instant de réflexion. « Les Grecs de Constaniinople ne sont pas diflcrents dé ceux de Chios. Notre nation est la même partout, la même à Pétersbourg et au Caire, la même qu'elle était il y a deux mille ans. »

Ce fut mou tour à paraître surplus.

— « Ce que je vous dis est exactement vrai. Les Grecs peuvent paraître changés d'après le reflet des objets qui les environnent; mais ils sont au fond encore les mêmes aujourd'hui qu'ils étaient du temps de l^ériclès. La crédulité, l'inconstance, la soif des distinctions, qui formaient, dès les temps les plus recules , la base du caractère grec , la forment encore aujourd'hui et la formeront toujours. Les différences extérieures qu'on remarque dans la nation ne viennent pas d'un changement ra^ dical dans ses dispositions! ; il ne faut les attribuer qu'à ce quu les moyens de faire valoir ces dispositions ne sont plus les mêmes. Les anciens Grecs croyaient aux oracles et aux prodiges ; les Grecs modernes croient aux sortilèges et aux amulettes. Les anciens Grecs portaient de riches offrandes aux pied» àô \ev\Y% divinités pour eu obtenir des succès dans la guerre, \a pvfeèwùnence pendant ]a paix ; les Grecs modernes suspendent de \\e\\\e^

loques autour des reliques de leurs saints pour en obtenir la guérison d*uue fièvre ou les bonnes grâces d'une maîtresse. Les premiers étaient zélés patriotes chez eux et déliés courtisans en Perse ; les seconds bravent les Turcs dans le district du Magne, et leur font la cour au Fanar. D'ailleurs, toutes les républiques de raucienne Grèce n'étaient-elles pas en proie aux cabales et aux factions, de même que le sont tous les districts de la Grèce moderne ? Chaque Grec d'aujourd'hui ne conserve-t-il pas le même désir de dominer ^ la même volonté de l'emporter sur ses rivaux, n'importe par quels moyens, qu'on remarquait chez ses ancêtres ? Les Turcs actuels ne ressemblent-ils pas aux Romains des siècles passés, par le respect qu'ils ont pour les lalents des Grecs, tout en les méprisant personnellement? EnGn, les Grecs du Fanar sont-ils inférieurs aux Grecs du Pirée pour la vivacité de l'imagination, la facilité de discourir, leur passion pour les querelles scolasliques, les pointilieries et les sophismes ? Croyez-moi, la différence qu'on trouve entre les Grecs d'autrefois et ceux d'aujourd'hui ne vient que de leur parfaite ressemblance, de ce caractère qui sait également se plier à tout, et qui fait qu'ils ont toujours reçu avec facilité chaque impression , chaque impulsion qu'on a voulu leur donner. Quand le patriotisme y l'esprit public , la prééminence dans les arts , dans les sciences, dans la littérature et dans la guerre étaient le chemin des honneurs, les Grecs brillaient au premier rang des patriotes, des héros, des peintres, des poètes et des philosophes; maintenant que l'astuce, la ruse, l'adulation et l'intrigue sont la seule route des distinctions, les Grecs sont. ... ce que vous les voyez. » Il m'importait peu que les Grecs modernes ressemblassent aux anciens ou non, quand je me voyais écrasé par l'orgueil de mes voisins les Fanariotes, quoique Grec comme eux. Je fis donc un compliment à Mavroyeni sur ses talents oratoires, et je laissai tomber la conversation, me contentant de me dire à moimême que Stamboul était une ville détestable.

Je ne pensai pas toujours de même. Les Fanariotes, dont le

défaut n'est pas de manquer de clifîrvoyance et de pénétration,

s*aperçureni bientôt que j'étais le favori du favori par excel-

lence; et comme, dans celte classe à'^Vve-s, ^v\ç,viiie ramifica-

tlon, quelque éloignée qu'eWe puisse ^U^^wVcvyci^^xC^'àW m-

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